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L’ANGLE MORT DE BUJUMBURA : CONSULTER LA RUE EN COLERE, OUBLIER LE CAMP DE LA COHESION

Le président en exercice de l’Union africaine, Évariste Ndayishimiye, a invité les chefs de la coalition d’opposition C64 — qui ont, en retour, repoussé au 22 juillet leur manifestation exigeant le départ de Félix Tshisekedi avec une marche improbable devant le Palais de la Nation. Mais en ne consultant que cette frange frontale, la médiation burundaise laisse à la porte tout le courant qui, lui, plaide pour la cohésion nationale.

Il y a une manière très sûre de rater une consultation censée apaiser un pays : n’y convier que ceux qui réclament un bras de fer.

C’est le reproche que l’on peut adresser, en l’état, à l’initiative du président en exercice de l’Union africaine, Évariste Ndayishimiye. En tendant la main aux seuls dirigeants de la Coalition Article 64 — ceux-là mêmes qui préparaient une marche pour exiger le départ de Félix Tshisekedi —, Bujumbura donne un micro à la fraction la plus extrême de l’opposition, et laisse dans l’ombre un courant pourtant décisif : celui qui a choisi la cohésion nationale plutôt que l’épreuve de force.

Consulter la partie, croire tenir le tout

Le postulat implicite de la démarche est trompeur. Il assimile « l’opposition congolaise » à sa aile la plus intransigeante. Or la scène politique congolaise n’est pas un bloc. Entre les tenants d’un « Tshisekedi doit partir » et ceux qui plaident pour un pacte républicain, il existe un espace entier — et c’est précisément cet espace que la médiation ignore.

Ce n’est pas une vue de l’esprit. Toute la doctrine régionale sur la crise congolaise, depuis des mois, martèle le même mot : l’inclusivité. L’Angola, chargé par les chefs d’État africains de consulter l’ensemble des parties, a bâti sa feuille de route sur ce principe. Une consultation qui n’écoute qu’une extrémité du spectre ne fabrique pas un consensus : elle fabrique le prochain grief.

Le paradoxe que l’on ne peut pas balayer

Voici l’ironie qui devrait faire réfléchir les organisateurs. Le concept même de « camp de la patrie » — cette idée que, face à l’agression et à la balkanisation, les Congolais doivent transcender leurs clivages.

Autrement dit : la ligne de partage que dessine la consultation de Bujumbura ne correspond à aucune réalité nette sur le terrain.

En choisissant un seul étiquetage, la médiation efface la partie de l’opposition — et de la société civile, et des confessions religieuses — qui plaide depuis un an pour un dialogue apaisé, une justice transitionnelle, une réconciliation sans oubli. Ce courant existe, il est structuré, et il est le seul pont praticable vers le pouvoir.

L’écarter, c’est brûler le pont pour ne garder que la barricade.

La faute est aussi sécuritaire

On présente cette rencontre comme une contribution à la stabilité. Mais une consultation qui n’amplifie que la revendication maximaliste produit l’effet inverse de celui recherché. Elle durcit les lignes au lieu de les rapprocher. Elle offre une tribune internationale à un ultimatum, quand l’heure appelle un compromis.

Dans un pays où l’Est saigne encore -des centaines de civils tués depuis mars, des millions de personnes en insécurité alimentaire, une épidémie d’Ebola par-dessus le marché -, l’urgence n’est pas de choisir un camp de l’opposition contre un autre. Elle est de rassembler tout ce qui, dans la classe politique, accepte de mettre la survie de la République comme priorité.

Un médiateur de l’Union africaine devrait le savoir mieux que quiconque: la crédibilité d’une facilitation ne se mesure pas au prestige de ceux qu’on invite, mais à la largeur de la salle qu’on ouvre.

Une salle où ne siègent que les partisans extrémistes n’est pas une table de paix. C’est une tribune de campagne.

Eugène Diomi Ndongala,

Démocratie Chrétienne, DC