Aller au contenu principal

Articles de la catégorie ‘NAVI PILLAY’

NAVI PILLAY, NOBEL DE LA PAIX 2026 : LA FEMME QUI A REFUSE D’ENTERRER LE RAPPORT MAPPING SUR LA RDC

En 2010, Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, elle a finalisé et publié, malgré les pressions, l’inventaire des crimes les plus graves commis en RDC depuis 1993. Seize ans plus tard, le Nobel consacre cette obstination au service du droit.

Le 1er octobre 2010, Navi Pillay rendait public le « Rapport du Projet Mapping concernant les violations les plus graves des droits de l’homme et du droit international humanitaire commises entre mars 1993 et juin 2003 sur le territoire de la République démocratique du Congo ». Ce n’était pas un geste administratif. C’était un acte de rupture.

Un inventaire sans précédent

Sous son autorité, une équipe de 33 experts a sillonné le Congo d’octobre 2008 à mai 2009. Elle a recueilli plus de 1 280 témoignages et croisé plus de 1 500 documents. Le résultat : 617 violations graves, survenues entre mars 1993 et juin 2003 sur l’ensemble du territoire. Il revenait ensuite à la Haut-Commissaire d’en assurer la relecture, les arbitrages et la finalisation.

La version publique ne nomme aucun responsable ; une base de données confidentielle, placée sous la garde du Haut-Commissariat, conserve ces éléments. Mais le rapport dit l’essentiel : la très grande majorité de ces attaques, souvent dirigées contre des civils, au premier rang desquels les femmes et les enfants, pourraient constituer des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité, voire les deux.

La fuite, la colère de Kigali, la fermeté de Pillay

Fin août 2010, Le Monde publie une version préliminaire. Un passage met le feu aux poudres : certaines opérations de l’armée rwandaise et de ses alliés de l’AFDL entre autres contre des réfugiés hutus rwandais et des populations hutues congolaises « révèlent plusieurs éléments accablants qui, s’ils sont prouvés devant un tribunal compétent, pourraient être qualifiés de crimes de génocide ».

Le Rwanda juge le document outrancier, menace de retirer ses casques bleus du Soudan et entraîne d’autres capitales de la région dans sa contestation. La publication semble alors compromise.

Navi Pillay ne cède pas. Le 2 septembre, elle accorde un mois aux États concernés pour formuler leurs observations, qui seront publiées aux côtés du rapport. Le 1er octobre, le texte paraît. Elle y rappelle qu’il ne s’agit pas d’un jugement, mais du recensement le plus vaste jamais établi des souffrances infligées aux Congolais, et d’un outil pour briser l’impunité.

Elle insiste : seul un tribunal peut trancher la question du génocide.

Le rapport, lui, parle d’abord du Congo, de années de violences restées impunies, et des voies à ouvrir (vérité, justice, réparations) pour qu’elles ne se reproduisent pas. Des ajustements ont été intégrés jusqu’au bout, y compris à la suite des observations du gouvernement congolais. Le fond, lui, n’a pas bougé.

2026 : du rapport au prétoire de la CIJ

Le 26 juin 2026, Kinshasa a rouvert le dossier. La RDC a saisi la Cour internationale de Justice d’une requête contre le Rwanda pour des « exactions » commises de 1996 à nos jours, qu’elle qualifie de campagne génocidaire visant principalement les Hutus présents sur le sol congolais après 1994, mais aussi d’autres communautés : Nyindu, Bembe, Lega, Nande, Hunde, Bashi. La compétence de la Cour repose notamment sur la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide.

La requête recoupe une large part de la période et des faits que le Mapping avait inventoriés, et les prolonge jusqu’à aujourd’hui. Ce que le rapport renvoyait à « un tribunal compétent », la RDC le porte désormais devant la plus haute juridiction des Nations unies. La publication de 2010 n’est plus une simple archive : elle est devenue l’une des pièces du contentieux.

Une vie au service du droit

Le 9 octobre 2026, le Comité Nobel norvégien a décerné à Navi Pillay le prix Nobel de la paix « pour ses efforts en faveur de la paix et du droit international ». La distinction couronne toute une trajectoire : avocate anti-apartheid, juge puis présidente du Tribunal pénal international pour le Rwanda, juge à la Cour pénale internationale, Haut-Commissaire aux droits de l’homme, puis présidente de commissions d’enquête internationales.

Le Rapport Mapping fait partie intégrante de cet engagement en faveur des droits de l’homme

Lorsqu’elle eut le pouvoir de finaliser, de publier et de révéler les crimes commis en RDC, Navi Pillay a refusé d’enterrer ce récit, comme on le lui demandait. Elle a choisi de le placer sous les yeux du monde.

Je rends hommage à une femme courageuse qui a osé défendre les droits des congolais, dans un contexte géostratégique qui n’était pas favorable à la dénonciation des crimes commis contre notre peuple depuis 30 ans.

Eugène Diomi Ndongala Démocratie Chrétienne (DC) ,

Les Patriotes (LP)