TSHISEKEDI A L’UNION SACREE : « KABILA EST UN PEUREUX » ET « SI EN 2028 VOUS REFUSEZ, JE M’ARRETE LA »
Deux semaines après la prise de tête du FRN par Joseph Kabila à Goma, le chef de l’État a mobilisé sa majorité parlementaire le 24 octobre 2026 : il a annoncé la mise en place dès la semaine suivante de l’équipe du dialogue national, rassuré sur la situation sécuritaire et renvoyé à ses élus la responsabilité d’une éventuelle révision constitutionnelle.

Le Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a reçu les députés nationaux et les sénateurs membres de l’Union sacrée de la Nation. La rencontre, tenue deux semaines après la prise de direction du Front pour la refondation de la nation (FRN) par Joseph Kabila à Goma, visait à mobiliser la majorité parlementaire, à faire le point sur la situation sécuritaire et à préciser le calendrier du dialogue national.
Sur la situation sécuritaire
Le chef de l’État a assuré que la situation était « sous contrôle à tous les niveaux ». Il a indiqué avoir repris en main les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), dont les capacités opérationnelles montent en puissance, tout en reconnaissant la persistance des infiltrations. Il a estimé que les sanctions et la pression militaire congolaise avaient asphyxié Kigali et rendu plus difficile le pillage des ressources naturelles du pays. Il a également évoqué avoir mis fin à la dynamique de diabolisation de la RDC dans les capitales étrangères.
Sur Joseph Kabila
Tshisekedi a réservé ses propos les plus sévères à son prédécesseur. Il a déclaré que retourner les armes contre le pays dirigé pendant dix-huit ans prouvait qu’on ne l’avait « jamais aimé ». Selon lui, Kabila aurait été « contraint de sortir du bois sous la pression pour donner la coloration congolaise à cette agression ». Il a ajouté : « Pour le peu que j’ai eu à le pratiquer, je peux vous assurer que Joseph Kabila est un peureux. Et là, il doit se demander s’il a fait un bon choix. »
Sur le dialogue national
Le président a annoncé la mise en place, dès la semaine suivante, de l’équipe chargée de préparer le dialogue national. Seront désignés les animateurs du processus, la coordination nationale, les coordinations provinciales ainsi que les superviseurs de chaque province. Le dispositif sera appuyé par deux cofacilitateurs désignés par l’Union africaine (un homme et une femme).
Il a demandé aux élus d’expliquer à leurs électeurs que ce dialogue ne vise pas à le maintenir au pouvoir, mais à rétablir une certaine « normalité » dans le fonctionnement de l’État, conformément aux normes et principes de gouvernance. Il a réaffirmé son intention de respecter les limites de son mandat constitutionnel.
Sur la Constitution et l’échéance de 2028
Selon les propos rapportés par plusieurs sources présentes, le chef de l’État a déclaré : « Cette Constitution, je ne l’aime pas, et vous le savez. Vouloir la changer ou la toucher, c’est votre responsabilité. Si, en 2028, vous refusez, je m’arrête là. » Il a précisé avoir pour mission de « mettre le pays sur les rails » et d’« installer une paix véritable et durable ».
Clôture
Le président s’est dit « très ému et très touché » par le soutien exprimé par les élus. Il les a appelés à rester unis, attachés à la République et à l’unité nationale, et à rassurer la population. La rencontre s’est achevée par un message de moralisation.
En synthèse
Tshisekedi a tenu un discours à double face devant sa majorité. D’un côté, il frappe fort contre Kabila pour ressouder ses troupes et se poser en rempart face à la rébellion. De l’autre, il relativise le dialogue national en en faisant un simple exercice de « normalité » tout en laissant volontairement flotter l’hypothèse d’une révision constitutionnelle. En renvoyant explicitement la responsabilité à l’Union sacrée (« Si en 2028 vous refusez, je m’arrête là »), il se décharge du coût politique d’un éventuel troisième mandat tout en gardant la main sur le calendrier. Loin d’un simple point d’étape, la réunion révèle une stratégie de contrôle : mobiliser, rassurer, et préparer le terrain institutionnel sans s’engager frontalement.
Eugène Diomi Ndongala,
Démocratie Chrétienne, DC,
Les Patriotes, LP






