PLAIDOYER POUR LA PROCLAMATION IMMÉDIATE DE L’ÉTAT D’URGENCE NATIONALE EN RDC
Monsieur le Président de la République,
Chers Compatriotes,
Je ne vous parle pas en politique. Je vous parle en témoin.

J’ai connu les enlèvements. J’ai connu la torture. J’ai connu les cachots secrets, les procès truqués, la prison. Tout cela sous le régime de alias Joseph Kabila. Le 3 novembre 2016, le Comité des droits de l’homme des Nations Unies a condamné le régime Kabila pour la violation de mes droits fondamentaux, par le jugement 2465/2016. C’était une première historique pour ce pays: un citoyen persécuté faisait plier un pouvoir liberticide qui contrôlait un état. Cette victoire n’était pas la mienne. Elle était celle de tous les Congolais qui refusent la peur et l’impunité.
L’ennemi s’est démasqué
Aujourd’hui, ce même homme, condamné pour haute trahison, parade à Goma, ville occupée. Il y proclame un « Front pour la Refondation de la Nation » qui avale le M23/AFC, supplétif avéré de Kigali.
Que les choses soient claires : ce n’est pas une simple rébellion. C’est une agression étrangère par procuration. Les experts de l’ONU l’ont documentée. Le terrain la confirme. Et celui qui a dirigé notre pays pendant dix-huit ans en prend désormais la tête, à visage découvert.
Voici la réalité :
Des millions de Congolais vivent sous occupation.
Goma et Bukavu sont aux mains de l’ennemi.
Des drones frappent jusqu’à Kisangani.
Ebola, souche Bundibugyo, se propage sous les bombes, dans des hôpitaux pris pour cibles et des corridors humanitaires coupés.
Le territoire national est menacé. La République est en danger.
La Constitution a tout prévu
L’article 85 ne laisse aucune place au doute :
« Lorsque des circonstances graves menacent, d’une manière immédiate, l’indépendance ou l’intégrité du territoire national ou qu’elles provoquent l’interruption du fonctionnement régulier des institutions, le Président de la République proclame l’état d’urgence ou l’état de siège après concertation avec le Premier ministre et les Présidents des deux Chambres […]. »
Menace immédiate sur l’intégrité du territoire : oui.
Interruption du fonctionnement des institutions dans des territoires congolais: oui.
Les deux conditions sont réunies. Il ne manque qu’une décision.
L’Ukraine, agressée, n’a pas attendu une semaine. Elle a décrété l’état d’urgence, puis la loi martiale, dès les premières heures de son agression. Et nous, combien de mois encore? Chaque jour d’attente est un jour offert à l’ennemi. Un jour de plus où nos frères de l’Est se croient abandonnés. Un jour de plus où le virus avance.
Un gouvernement de combat
Proclamer l’état d’urgence national ne suffira pas. Il faut lui donner un bras armé politique.
Je demande la formation immédiate d’un gouvernement de combat : resserré, uni, entièrement tourné vers la victoire. Un gouvernement de salut public, au sens le plus républicain du terme, chargé d’une seule mission : mettre hors d’état de nuire les ennemis de la République, par toute la force de la loi.
Ce gouvernement devra :
■ Libérer le territoire. Mettre l’armée, les finances et la diplomatie au service d’un seul objectif : la reconquête de Goma, de Bukavu et de chaque localité occupée.
■ Briser la cinquième colonne. Identifier, poursuivre et traduire devant la justice tous ceux qui, au sein de l’État comme en dehors, financent, arment, renseignent ou relaient l’agresseur.
■ Assécher l’économie de guerre. Couper les circuits de minerais, d’armes et d’argent qui nourrissent l’occupation.
■ Mener la bataille diplomatique. Exiger des sanctions ciblées contre les commanditaires de l’agression et mobiliser nos partenaires africains et internationaux.
■ Protéger les populations. Organiser la riposte sanitaire contre Ebola, rouvrir les corridors humanitaires et secourir les déplacés.
Ce gouvernement ne sera pas celui d’un clan. Il réunira les meilleurs patriotes de la Nation, d’où qu’ils viennent, pourvu qu’ils servent la République et non ceux qui l’attaquent.
L’heure de l’union nationale
Ce que nous réclamons n’est pas un pouvoir personnel. C’est l’instrument que la Constitution a forgé pour les heures où la République joue sa survie, encadré par la concertation avec le Premier ministre et les présidents des deux Chambres, qui restent toujours en place et placé sous le contrôle de la loi.
L’heure n’est plus aux querelles. L’heure n’est plus aux conciliabules avec ceux qui tirent concrètement où symboliquement sur la République. L’heure est à l’union nationale de tous les congolais.
Que chaque Congolais de bonne volonté, quelle que soit sa couleur politique, se range derrière les institutions. D’abord la libération. Ensuite, et seulement ensuite, la refondation. D’abord sauver les vies. Ensuite débattre.
J’ai payé de ma liberté le droit de parler. Je l’exerce aujourd’hui pour vous dire ceci : le Congo ne sera pas sauvé par des discours. Il sera sauvé par un acte de souveraineté qui est la déclaration d’urgence nationale.
L’article 85 est là.
Les circonstances l’exigent.
Le peuple est prêt.
Monsieur le Président, proclamez l’état d’urgence nationale. Formez un gouvernement de combat. Maintenant.
Pour la vérité. Pour la justice. Pour la souveraineté.
Kinshasa, 16 octobre 2026,
Eugène Diomi Ndongala
Président de la Démocratie Chrétienne (DC)
Les Patriotes (LP)
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L’état d’urgence est un régime d’exception prévu par la Constitution. Quand le pays fait face à un danger grave et immédiat, il permet au Président de la République de disposer temporairement de pouvoirs renforcés pour y faire face. C’est un cadre juridique encadré, pas une suspension de la Constitution.
Ce que dit la Constitution de la RDC
- Les conditions (article 85). Il faut une menace immédiate contre l’indépendance ou l’intégrité du territoire, ou une interruption du fonctionnement normal des institutions. Le Président le proclame après concertation avec le Premier ministre et les présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat.
- La procédure et la durée (article 144). La proclamation se fait par ordonnance délibérée en Conseil des ministres. Le Parlement se réunit de plein droit. L’état d’urgence dure 30 jours au maximum et ne peut être prolongé que par une loi votée par le Parlement, par périodes successives de 15 jours.
- Le contrôle juridictionnel (article 145). Les ordonnances prises pendant l’état d’urgence sont soumises à la Cour constitutionnelle, qui vérifie qu’elles respectent la Constitution.
- Les droits intangibles (article 61). Certains droits restent garantis en toutes circonstances : le droit à la vie, l’interdiction de la torture, le droit à un procès équitable, les droits de la défense, entre autres.
- Aucune révision de la Constitution (article 219). La Constitution ne peut pas être modifiée pendant l’état d’urgence.
Concrètement, ce que cela permet
L’État peut agir plus vite et concentrer ses moyens. Il peut mobiliser des ressources, réquisitionner des biens et restreindre temporairement certaines libertés, comme la circulation, les réunions ou les couvre-feux. Il peut aussi accélérer les décisions militaires, budgétaires et sanitaires. C’est l’outil des « temps de guerre ».
La différence avec l’état de siège
Les deux sont prévus par le même article 85, mais l’état de siège va plus loin. Les autorités militaires y remplacent les autorités civiles dans les zones concernées. La RDC l’applique depuis mai 2021 au Nord-Kivu et en Ituri, où des militaires et des policiers ont remplacé les gouverneurs. Notre plaidoyer demande l’état d’urgence nationale, qui laisse le pouvoir aux autorités civiles tout en leur donnant des moyens renforcés.









