L’AMBIGUÏTE COMME CONDAMNATION DE MASSE : POURQUOI L’OPPOSITION HYBRIDE NE PARVIENT PAS A MOBILISER
La mécanique implacable de la méfiance populaire : le diagnostic d’une série d’échecs.

Tant que l’opposition hybride ne prendra pas clairement ses distances des traîtres et des rebelles, elle ne mobilisera pas le peuple congolais, qui se méfiera d’elle comme de la peste.
C’est une vérité brutale, mais elle s’impose avec la force de l’évidence dans la RDC d’aujourd’hui. Le peuple ne suit pas ceux qu’il soupçonne de jouer sur les deux tableaux.
Il les fuit comme la peste. Et cette méfiance n’est ni caprice ni manipulation : c’est une mémoire vive, forgée par des décennies de souffrances, de trahisons et d’agressions à répétition dans l’Est du pays, d’infiltration militaire et politique.
La mécanique implacable de la méfiance populaire
Chaque fois qu’une plateforme ou une coalition entretient des liens, même indirects ou historiques, avec des acteurs accusés d’avoir affaibli la nation ou de pactiser avec ses ennemis, le peuple lit le signal. Il voit la continuité, pas la rupture. Les élites peuvent multiplier les discours, les communiqués, les dates symboliques : tant que l’ambiguïté persiste, la mobilisation reste limitée, fragmentée, symbolique. Le peuple n’y met pas sa force, parce qu’il refuse d’être à nouveau instrumentalisé.
L’histoire récente le confirme avec une précision chirurgicale.
En octobre 2025, l’ancien président Joseph Kabila – dont l’immunité a été levée par le Sénat pour des liens présumés avec le M23 et qui fait l’objet d’accusations de haute trahison, en plus de sanctions des Etats Unis pour une accusation de financement du mouvement rebelle et obstruction à la paix – a lancé depuis Nairobi la plateforme « Sauvons la République démocratique du Congo ». Y figuraient notamment Augustin Matata Ponyo, ancien Premier ministre sous Kabila, en fuite, condamné à dix ans de travaux forcés pour détournement massif dans l’affaire Bukanga Lonzo. Cette recomposition autour de figures controverses du passé n’a pas déclenché l’élan populaire espéré. Elle a au contraire renforcé la perception d’un jeu de pouvoir entre élites compromises, au moment même où le pays fait face à une agression existentielle dans l’Est.
Le M23/AFC, marionnette du Rwanda, continue d’occuper des territoires stratégiques. Goma, Bukavu et d’autres localités restent sous la menace ou le contrôle partiel de forces rebelles. Concretement, il tient en otage environ 12 millions de congolais. Dans ce contexte, toute opposition qui n’opère pas une rupture nette avec les acteurs accusés de complaisance ou de collusion avec ces forces est immédiatement discréditée.
C64 : l’illustration parfaite et actuelle de l’échec par ambiguïté
La plateforme C64 (Coalition Article 64), née au printemps 2026 pour s’opposer à toute modification constitutionnelle, en offre aujourd’hui la démonstration la plus frappante.
Elle a appelé à une « ville morte » le 3 juin. Le résultat a été mitigé : ralentissement à Kinshasa, qualifiée de « ville vivante » par la population, et perçu comme un test de mobilisation insuffisant.
Elle a annoncé le dépôt d’une plainte contre le président Tshisekedi pour « coup d’État contre la Constitution » le 9 juin. Cette plainte n’a pas été déposée. La reculade est venue après la prise de conscience que cette démarche relevait d’une théâtralisation du droit — une instrumentalisation judiciaire à visée politique — que la population et l’opinion publique ne pouvaient pas soutenir sans risque de discrédit.
Elle prévoit désormais un sit-in devant le Palais du Peuple le 12 juin. Or, un lieu aussi fortement sécurisé ne peut être occupé, paralysé ou transformé en rapport de force par des groupes épars et peu nombreux. C’est mathématique. Sans une « masse critique » de citoyens prêts à prendre le risque de se rassembler massivement et durablement, l’action restera symbolique et facilement contenue par les forces de l’ordre. Aucune mobilisation fragmentaire ne suffira.
Ces hésitations successives, ces annonces non suivies d’effet et ces actions structurellement limitées ne sont pas des erreurs tactiques isolées. Elles découlent directement de l’ambiguïté persistante de la plateforme et de ses connivences floues ( pour ne pas dire de ses incitateurs occultes).
Des commentaires dans la classe politique évoquent une possible influence du camp Kabila, même en l’absence officielle de ce dernier. Le peuple perçoit cette non-rupture. Il sent que la ligne n’est pas claire. Et il refuse de s’engager pleinement derrière des initiatives qui sentent encore le compromis avec le passé.
La ligne qui peut tout changer
Face à cette impasse, une vision politique exigeante et cohérente trace une autre route. Elle ne négocie pas sur l’essentiel. Elle ne dit pas au peuple « Armons-nous, mais c ‘est vous qui partez au front« . Elle pose comme préalable non négociable la reconquête des territoires occupés, l’unité nationale sincère contre les agressions extérieures déguisées en rébellions internes, et le rejet sans équivoque des acteurs et des logiques qui ont fragilisé le pays.
Cette vision conditionne toute réflexion institutionnelle – y compris les réformes constitutionnelles – à la sécurisation préalable du territoire. Elle rappelle que l’article 63 de la Constitution fait de la défense de la patrie un droit et un devoir pour tout Congolais. Elle compare la situation à celle de l’Ukraine : face à une agression existentielle, on ne commence pas par des débats de pouvoir ; on unit la nation autour de la reconquête et de la souveraineté.
Elle appelle à des initiatives comme celles du VRAI « Camp de la Patrie » : des plateformes qui transcendent les clivages partisans pour défendre l’intégrité territoriale contre les forces extérieures et leurs supplétifs. Elle exige naturellement la bonne gouvernance comme socle de toute paix durable. Surtout, elle refuse les demi-teintes. Pas d’alliance, pas de silence, pas de connivence avec ceux qui sont accusés d’avoir trahi ou affaibli la nation et qui détiennent 12 millions de congolais captifs par les armes et la répression.
C’est cette clarté qui peut transformer la colère populaire en mobilisation de masse.
C’ est l’ enseignement d’Etienne Tshisekedi, Laurent Monsengwo, pour ne pas citer qu’eux…
Le peuple congolais n’attend pas des manœuvres d’appareil. Il attend une opposition qui incarne enfin la rupture. Une opposition qui dit clairement : nous ne sommes pas avec les traîtres, nous ne sommes pas avec les rebelles, nous sommes avec la patrie et avec ceux qui souffrent depuis trop longtemps dans l’Est.
La conclusion est implacable
Tant que l’opposition hybride n’opérera pas cette clarification radicale et visible – distance publique, sans retour possible, avec Kabila, Matata, le M23 et tous ceux qui leur sont associés ou qui leur ressemblent – , elle restera frappée d’illégitimité, aux yeux de la population.
Le peuple continuera de se méfier d’elle comme de la peste.
Les actions resteront partielles, les plaintes non déposées, les sit-in impossibles sans masse critique, les « villes mortes » contrastées.
À l’inverse, quand une force politique assume sans ambiguïté la défense de l’intégrité territoriale, la reconquête prioritaire et le rejet des compromissions passées, mais aussi la promotion de la bonne gouvernance du pays, elle pourra rallier. Elle peut créer cette « masse critique » qui prendra le risque de manifester, parce que les gens reconnaitront enfin une ligne droite.
Eugène Diomi Ndongala,
Démocratie Chrétienne, DC




