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L’OPERATION D’INFLUENCE QUE KIGALI NE VOULAIT PAS QU’ON VOIE

L’enquête de The Continent met des noms, des comptes et des chiffres sur la machine de propagande rwandaise en ligne sur les réseaux sociaux.

Depuis des années, Kinshasa crie au « poison communicationnel rwandais ». Une machine de guerre informationnelle pilotée depuis Kigali, destinée à noyer les faits sous un déluge de contre-récits : le M23 n’existerait pas vraiment, les FARDC seraient des génocidaires recyclés, et le Rwanda le protecteur bienveillant des Tutsi congolais.

Beaucoup, en Occident et ailleurs, ont traité cette accusation comme une simple rhétorique de guerre, une paranoia congolaise. Ils avaient tort.

Début août 2026, Michela Wrong et James Okong’o ont sorti dans The Continent le document qui tue le débat. Un tableur Google oublié en accès public. Neuf noms. Neuf comptes X. Neuf numéros de téléphone. Salaires mensuels de 750.000 à 900.000 francs rwandais. Budget annuel : 124 millions de francs – 85.600 dollars.

Et au sommet de la pyramide : rien de moins que le Bureau du porte-parole du gouvernement, sous Yolande Makolo.

Ce n’est pas un réseau de patriotes spontané. C’est une équipe salariée, équipée, briefée.

Elle prépare les messages, les hashtags, les vidéos. Puis les réseaux d’étudiants, d’associations de survivants et de jeunes prennent le relais pour saturer les timelines.

Les rôles sont découpés au millimètre : certains recyclent les discours officiels, d’autres attaquent frontalement journalistes et ONG, d’autres noient le conflit sous des images de gorilles et de collines vertes.

L’analyse de 60.000 posts en quatre langues révèle le mode d’emploi exact :discréditer quiconque documente le soutien rwandais au M23 ;

amalgamer l’armée congolaise aux FDLR ;

présenter Kigali comme le seul rempart des Tutsi.

Résultat ? La critique ne disparaît pas. Elle est juste étouffée sous un bruit de fond permanent. L’opinion croit assister à un débat. Elle assiste à une opération.

Yolande Makolo a répondu comme d’habitude : Wrong serait une « Karen » paniquée, les Rwandais auraient le droit de parler. Patrick Muyaya a salué la confirmation de « l’empire du mensonge ». Makolo a tranché : « risible ».

Risible, le tableur ?

Risible, les salaires ?

Risible, les trois axes de tir qui tournent en boucle depuis des mois ?

La thèse congolaise n’est plus une abstraction. C’est un système documenté, budgété, hiérarchisé. Un poison qui ne se contente plus d’être allégué. Il a maintenant sa facture, ses noms et son organigramme.

Eugène Diomi Ndongala,

Démocratie Chrétienne, DC