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QUAND LE VATICAN AUSSI REMPLACE SA CONSTITUTION

Il y a une ironie que l’actualité de l’été 2026 met crûment en lumière. En République Démocratique du Congo, l’Église catholique s’est dressée en rempart autoproclamé contre tout changement de la Constitution. Quelques semaines plus tard, à Rome, cette même Église — dans sa dimension d’État souverain — a changé la sienne. Et c’est son chef, le pape Léon XIV, qui l’a voulu, signé et promulgué.

À Kinshasa, au contraire, l’Église voudrait tout verrouiller

Au terme d’une table ronde tenue du 18 au 20 juin 2026, la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), conduite par le cardinal Fridolin Ambongo, a rendu une déclaration sans détour : elle ne voit « ni la nécessité, ni l’urgence, ni l’opportunité » d’un changement de la Constitution congolaise.

Le contexte est connu. Le Parlement a adopté, le 15 juin, une loi fixant les conditions d’organisation d’un référendum. Le camp présidentiel, lui, dénonce une ingérence . L’Église, elle, se présente un acteur de la société civile, gardien de l’ordre constitutionnel, apparemment immuable, selon elle.

À Rome, le pape, quant à lui, réécrit toute la Constitution, au Vatican

Or, pendant que ses évêques congolais défendaient l’intangibilité de la Constitution Congolaise, l’institution qu’ils servent vivait, à son sommet, l’exact inverse.

Le 31 juillet 2026, Léon XIV a promulgué une nouvelle Loi fondamentale de l’État de la Cité du Vatican, qui abroge et remplace intégralement celle de 2023. Entrée en vigueur immédiate. Vingt-cinq articles refondant l’organisation des pouvoirs du micro-État : ouverture de la direction de l’État aux non-cardinaux (y compris laïcs et des femmes), possibilité de déléguer la fonction législative, réorganisation de l’appareil judiciaire, redéfinition des rôles exécutifs.

Un changement de constitution, donc — total, puisque le texte antérieur est purement et simplement remplacé —, décidé et concrétisé par la seule volonté du chef de l’État Vatican.

Sans référendum, sans débat parlementaire, sans opposition à convaincre. Le pape, qui détient la plénitude des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire, peut réécrire seul la norme suprême de son État. Il vient de le faire.

Le miroir tendu à Kinshasa

Le rapprochement est saisissant, et les partisans congolais de la réforme ne manqueront pas de s’en saisir :

avec quel argument cohérent l’Église catholique érige-t-elle l’immutabilité constitutionnelle en principe quasi sacré à Kinshasa, quand l’État qu’elle gouverne à Rome traite sa propre loi fondamentale comme un instrument révisable à volonté par son souverain ?

Changer une constitution, dira-t-on, ne serait donc pas en soi une atteinte à l’ordre, un tabou, puisque le premier des catholiques vient de le faire chez lui, sans soulever des vagues…

L’argument porte politiquement.

Ce qui reste vrai malgré tout

Malgré des réserves faites sur la différences des deux régimes, le contraste garde sa force — et son utilité. Il rappelle que l’autorité morale de l’Église, souvent invoquée pour sacraliser tel ou tel principe, s’exerce dans une institution qui, sur son propre territoire, gouverne selon un modèle absolutiste et modifie ses textes fondateurs par décret.

Ceux qui, à Kinshasa, brandissent la parole des évêques comme un absolu constitutionnel gagneraient à s’en souvenir.

En définitive, l’été 2026 aura offert cette image en forme de paradoxe : la même Église, gardienne intransigeante d’une Constitution à Kinshasa, réformatrice totale de la sienne à Rome.

Reste que, dans la bataille des symboles qui se livre au Congo, ce paradoxe-là ne passera pas inaperçu.

Eugène Diomi Ndongala,

Démocratie Chrétienne, DC

democratiechretienne.com

Repères : CENCO, déclaration du 20 juin 2026 (table ronde du 18 au 20 juin) ; loi référendaire adoptée le 15 juin 2026 ; nouvelle Loi fondamentale de l’État de la Cité du Vatican promulguée par Léon XIV le 31 juillet 2026, en remplacement total de celle de 2023.

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