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Articles de la catégorie ‘TAXATION ECOLE PUBLIQUE AU KIVU’

L’ÉCOLE COMME BUTIN

Pendant que l’État congolais verse encore les salaires des instituteurs, l’AFC/M23 fait de l’école primaire un guichet et de l’université un trophée. Aux enfants, on répète : « Tu ne rentres que si ton père paie ».

Ils se disent « libérateurs ». Sur le terrain, ils agissent en percepteurs.

Dans l’Est de la République démocratique du Congo, l’AFC/M23 n’a pas seulement pris des villes : elle a pris l’école, puis l’université, puis le droit d’y entrer. Le schéma ne varie pas, du banc du primaire au rectorat — contrôler, nommer, taxer, présenter la facture à une population déjà à genoux.

Au primaire, le scandale est presque grossier.

L’article 43 de la Constitution est sans détour : l’enseignement primaire est obligatoire et gratuit dans le public. Depuis 2019, Kinshasa en a fait une politique nationale et continue de payer les enseignants, y compris en zone occupée, où les salaires transitent par mobile money.

Et pourtant, à la rentrée, un arrêté du 30 août 2025 a fixé des « contributions scolaires » dans les zones tenues par le mouvement : des milliers de francs par trimestre, versés sur un compte CADECO ouvert au nom de la prétendue administration du M23. Les chefs d’établissement collectent. Les enfants dont la caisse reste vide rentrent chez eux.

Voilà le portrait le plus net de cette direction politico-militaire : pas un discours sur l’avenir, mais une porte fermée à un enfant de six ans.

Kinshasa paie l’instituteur ; Goma fait payer le parent. Double contribution, double humiliation.

L’école publique devenue poste de péage.

On pourrait plaider l’improvisation de guerre. L’argument s’effondre dès qu’on lève les yeux vers le supérieur. Le 29 mai 2026, l’AFC/M23 révoque le recteur de l’Université de Goma, le professeur Muhindo Mughanda, et installe son propre comité de gestion, avec le professeur Jean-Baptiste Kakoma Sakatolo Zambeze au rectorat. Le 7 août, le même réflexe s’étend à une dizaine d’établissements publics de Goma et de Bukavu, jusqu’à l’Université officielle de Bukavu. Kinshasa déclare ces actes nuls, suspend les salaires de 48 agents, puis gèle pour 2026-2027 inscriptions, cours et délibérations dans onze établissements touchés par ces nominations illégales. Le mouvement rétorque qu’il tiendra les campus ouverts. Autrement dit : nous prenons l’université, et nous la ferons payer.

Le fil conducteur n’est pas l’éducation.

C’est la fiscalisation du vivant. Ici, la population paie le passage, le foyer, le minerai, les régimes de bananes, parfois le salongo du samedi, jusqu’aux amendes et aux jetons de présence. Tout ce qui circule peut être prélevé. Les enfants du primaire n’échappent pas à la règle.

Certes, payer les maîtres à distance tout en perdant l’école, c’est une souveraineté en pointillés pour Kinshasa; suspendre des universités pour protéger la valeur des diplômes et ne pas cautionner la soumission des amphithéâtres aux armes, c’est pénaliser les étudiants.

Mais l’hypocrisie majeure est dans le vocabulaire et les agissements des occupants.

On ne libère pas un peuple en lui facturant ses enfants, alors que Kinshasa paye les salaires des instituteurs.

On ne promeut pas l’école en la changeant en guichet. On ne bâtit pas l’avenir en nommant des rectorats comme des préfectures de guerre.

Du banc de l’élève au bureau du recteur, la même main se referme.

Et chaque fois qu’un enfant reste à la maison faute de reçu, le masque tombe :

ces libérateurs ne voient pas une génération défavorisée à élever, mais une population à faire payer et écraser, dans ses droits fondamentaux.

Eugène Diomi Ndongala,

Démocratie Chrétienne, DC