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QUAND LA « CHARTA UNIVERITATUM DE BOLOGNE » SERT DE CACHE-SEXE A LA TUTELLE REBELLE SUR LES UNIVERSITES

Le 26 août 2026, au point 4 de son communiqué officiel n° 002, l’AFC/M23-RDF invoque la Magna Charta Universitatum de Bologne pour justifier la poursuite des cours sous ses nominations — alors que les universités visées sont publiques et que leurs professeurs restent des agents de l’État congolais.

Il y a des textes trop nobles pour servir de bouclier à une occupation. La Magna Charta Universitatum de Bologne en fait partie. Signée en 1988 pour protéger l’université de l’emprise du prince, de l’argent et du parti, elle affirme une chose simple : la recherche et l’enseignement doivent rester moralement et intellectuellement indépendants de toute autorité politique. Les rebelles de l’AFC/M23 ont retourné cette phrase comme on retourne un gant. Ils n’en ont pas fait un principe. Ils en ont fait un alibi.

Car ce n’est pas Kinshasa qui a fait irruption dans les amphithéâtres de Goma et de Bukavu avec des nominations de guerre. C’est le M23.

En mai, il révoque le recteur de l’Université de Goma, nommé par l’État congolais, et installe sa propre équipe. En août, il étend l’opération à une dizaine d’établissements publics. Puis, lorsque le gouvernement refuse de reconnaître ces actes et suspend les salaires de ceux qui ont accepté d’exercer sous son autorité, le mouvement se drape dans le vocabulaire de Bologne : autonomie, apolitisme, droit à l’éducation, université hors du champ politique. Le tour de passe-passe est presque beau. Presque.

L’autonomie universitaire n’est pas le droit, pour une administration armée, de nommer un rectorat.

C’est précisément l’inverse. La Charte de Bologne protège l’université contre le pouvoir politique. Elle ne donne pas à un pouvoir politico-militaire le droit de se substituer à l’État qui finance encore les professeurs. Or c’est là le nœud, le plus cynique : longtemps après la prise de Goma et de Bukavu, les agents publics de l’enseignement supérieur continuaient d’être payés par Kinshasa. Le Trésor congolais salariait des enseignants que l’on voulait désormais placer sous une hiérarchie rebelle. On demandait à la République de financer la main qui lui prenait ses universités.

Voilà l’instrumentalisation. On invoque l’indépendance vis-à-vis de « toute autorité politique » pour mieux installer une autre autorité politique, celle de l’AFC/M23-RDF, elle-même adossée à Kigali.

On parle de « secteur à tenir hors du conflit » après avoir ordonné, déjà en 2025, que les universités rompent leurs liens avec le ministère congolais de l’Enseignement supérieur.

On accuse Kinshasa de politiser l’université au moment même où l’on y nomme des comités de gestion par décision de coordonnateurs rebelles. Ce n’est plus de l’autonomie. C’est une capture.

La « domestication » n’a pas besoin d’un nouveau programme scolaire tamponné à Kigali pour exister.

Elle commence plus haut, plus sec : qui nomme le recteur, qui signe le diplôme, qui rompt la tutelle, qui décide que l’État congolais n’est plus légitime à administrer ses propres facultés.

Une université publique n’est pas un campus flottant. Elle est une institution de souveraineté. Quand un mouvement armé y place ses hommes et exige que le savoir continue sous son sceau, il ne libère pas l’intelligence. Il la range. Il la met à l’heure d’une administration parallèle. C’est cela que Kinshasa a nommé, sans détour, un « butin de guerre ». Le mot est brutal. Il n’est pas faux.

Le M23 répond que fermer ou geler ces établissements punit les étudiants. L’argument touche juste sur la souffrance. Il est faux sur le principe. On ne protège pas la jeunesse en lui faisant croire qu’un diplôme délivré sous une tutelle contestée aura la même valeur qu’un titre de la République. On ne défend pas Bologne en transformant le professeur d’État en fonctionnaire de facto d’une rébellion. Et l’on ne peut pas, sans rougir, brandir l’indépendance académique tout en payant — ou en laissant payer — ces mêmes professeurs par le gouvernement que l’on combat.

La Charte de 1988 n’a jamais dit : « Que le plus fort nomme le recteur. »

Elle a dit : que le savoir ne soit l’otage d’aucun pouvoir. Le M23 a pris le premier mot, « indépendance », et a oublié le second, « de toute autorité politique ». Y compris la sienne. Surtout la sienne.

Une université congolaise peut et doit rester libre. Elle ne peut pas devenir le laboratoire d’une allégeance.

Tant que les professeurs sont agents de l’État congolais, tant que les établissements sont publics, tant que les diplômes engagent la République, aucune Magna Charta ne peut servir de sauf-conduit à une mise sous tutelle. Bologne n’est pas une arme.

Ceux qui s’en servent comme d’un cache-sexe devraient au moins avoir l’honnêteté de le dire : ce n’est plus l’université qu’ils défendent.

C’est le contrôle des amphithéâtres.

Eugène Diomi Ndongala,

Démocratie Chrétienne, DC

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