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10 % DU PEUPLE EN OTAGE : POURQUOI L’ELECTION 2028 NE PEUT PAS ETRE LEGITIME SANS EUX

Une élection présidentielle excluant 10 % (11.5/12 millions de congolais) de la population congolaise serait une impossibilité en termes de légitimité.

Laissons parler les chiffres et les statistiques…

La République démocratique du Congo (RDC) fait face à l’une des crises les plus graves de son histoire récente. Près de 10 % de sa population – soit environ 11,5 à 12 millions d’habitants sur un total estimé à 116,45 millions – vit aujourd’hui sous l’emprise effective de

Goma et Bukavu, deux des plus grandes villes du pays, ainsi que de vastes territoires ruraux (Rutshuru, Masisi, Walikale, Kalehe, etc.), échappent au contrôle de l’État congolais sur une superficie d’environ 60 000 km².

Dans ce contexte, le président Félix Tshisekedi a lui-même conditionné, le 6 mai 2026, la tenue des élections présidentielles de 2028 à la fin de la guerre à l’Est : « Si nous ne parvenons pas à mettre fin à cette guerre, malheureusement, nous ne pourrons pas organiser les élections en 2028. On ne va pas les organiser sans le Nord et le Sud-Kivu. »

Cette déclaration soulève une question fondamentale : une élection présidentielle qui exclurait délibérément ou de facto ces 10 % de la population est-elle seulement envisageable en termes de légitimité démocratique ?

La réponse est claire : non.

Une telle élection serait non seulement inconstitutionnelle, mais aussi politiquement et moralement intenable, quoique en disent certains congolais qui veulent nous faire oublier ces 12millions de congolais :

Suffrage universel : un pilier constitutionnel non négociable

La Constitution de la RDC, adoptée par référendum en 2005 et révisée en 2011, est sans ambiguïté. L’article 5 dispose que « la souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce au moyen du suffrage universel ». L’article 6 précise que « le suffrage est universel, égal et secret ». Enfin, l’article 70 prévoit que le Président de la République est élu « au suffrage universel direct » pour un mandat de cinq ans.

Ces dispositions ne sont pas des formules creuses. Elles signifient que tous les Congolais et Congolaises âgés de 18 ans révolus, jouissant de leurs droits civils et politiques, sont électeurs sur l’ensemble du territoire national. Aucune fraction du peuple ne peut être exclue de l’exercice de la souveraineté.

Organiser un scrutin en laissant de côté des millions de citoyens dans des provinces entières reviendrait à violer ce principe fondateur. Ce ne serait pas une élection nationale, mais une élection partielle, limitée à une portion du territoire – ce que la loi fondamentale ne permet pas.

Les précédents sont éclairants mais aussi très différents en termes d’envergure du phénomène. Lors des élections de 2023, l’insécurité dans certains territoires du Nord-Kivu (notamment Masisi et Rutshuru) avait déjà entraîné l’exclusion d’environ million d’électeurs potentiels moins de (1 % de la population globale). Cette situation avait été critiquée par la société civile, l’opposition et des observateurs internationaux comme un facteur de fragilisation de la légitimité du scrutin.

Imaginer une exclusion dix fois plus massive en 2028 serait incomparablement plus grave.

Une légitimité nationale, pas régionale

Le Président de la République n’est pas le chef d’une partie du pays : il est le Président de toute la République. Sa légitimité repose sur le consentement de l’ensemble du peuple congolais, exprimé sur l’étendue entière des 2,345 millions de km² du territoire national. Exclure 10 % des citoyens – une proportion équivalente à la population de plusieurs provinces réunies – reviendrait à créer un Président « à géométrie variable», légitime à Kinshasa et dans l’Ouest, mais contesté ou rejeté dans l’Est.

Cette fracture serait lourde de conséquences :

Politique : elle renforcerait le sentiment de marginalisation des populations de l’Est, déjà durement éprouvées par des décennies de conflits. Elle alimenterait le discours des groupes armés qui se présentent comme les « défenseurs » des communautés locales face à un État « absent » ou « complice ».

Institutionnelle : la Cour constitutionnelle, chargée de valider les résultats, se trouverait face à un contentieux insoluble. Comment proclamer un vainqueur quand une partie substantielle du corps électoral n’a pas pu s’exprimer ?

Internationale : l’Union africaine, les Nations unies et les partenaires bilatéraux ont toujours insisté sur l’impératif d’élections inclusives et crédibles. Une élection excluant 10 % de la population risquerait de ne pas être reconnue, plongeant le pays dans une nouvelle crise de légitimité comparable à celles des années 2016-2018.

La paix d’abord, et une élection vraiment nationale

Le président Tshisekedi a raison sur un point : on ne peut pas organiser des élections sans le Nord et le Sud-Kivu et les 12 millions de congolais des territoires occupés, qui ne nous évitons trop souvent de quantifier.

Mais la conclusion logique n’est pas l’exclusion de ces régions, c’est l’obligation de restaurer l’intégrité territoriale avant le scrutin. Reporter les élections pour permettre un processus inclusif n’est pas un aveu de faiblesse ; c’est une exigence démocratique.

Une élection présidentielle qui ignorerait 10 % des Congolais ne serait pas une élection.

Ce serait une formalité vidée de sens, un simulacre qui ne ferait qu’aggraver les divisions et reporter les vrais problèmes. La légitimité d’un Président se mesure à sa capacité à représenter tout le peuple. Dans la RDC d’aujourd’hui, cela passe nécessairement par la reconquête effective – ou au minimum par l’inclusion politique et sécuritaire – de l’Est occupé.

L’histoire retiendra que la démocratie congolaise ne peut se construire sur l’exclusion. Elle doit se fonder sur l’universalité du suffrage, ou elle ne sera qu’une démocratie de façade.

· Sources principales intégrées : Population totale de la RDC (116,45 millions en 2026) : Worldometers, élaboration des données des Nations Unies.

worldometers.info

· Population sous occupation M23/AFC (12 millions sur 60 000 km²) : RTBF, 27 janvier 2026.

rtbf.be

Eugène Diomi Ndongala,

Démocratie Chrétienne, DC