Fils « tué » encore vivant de l’ancienne sénatrice kabiliste Goya, garde mort sans preuve, bilan de juin dégonflé : le buzz comme substitut au rapport de force.
Faute d’une mobilisation capable de faire basculer le rapport de force, la coalition gonfle des morts jamais corroborés et cherche le relais international pour masquer l’échec dans la rue, dans une macabre fiction nécrologique.
Le 15 septembre 2026, la C64 voulait un raz-de-marée. Elle a obtenu une journée d’échauffourées, des arrestations, des leaders évacués… et, très vite, des « morts ». Des morts annoncés à chaud, nommés ou non, filmés dans l’émotion, relayés comme une évidence. Puis le silence des preuves.
CE N’EST PAS UN ACCIDENT DE COMMUNICATION. C’EST UNE METHODE.
La coalition Article 64 s’est construite sur un objectif clair : bloquer toute reforme constitutionnelle et incarner le « devoir de résistance ». Sur le papier, l’alliance Fayulu-Katumbi-Kabund-Sesanga-Matata devait peser.
Dans la rue, le compte n’y est pas.
Le 15 septembre, même un interlocuteur de l’opposition radicalisée a dû concéder que la mobilisation était plus faible que la précédente. À Kinshasa, le cortège n’a pas atteint son point de chute. À Lubumbashi, la marche a été étouffée avant d’exister. Ailleurs, gaz, interdictions, dispersion. Bref : pas de foule historique, pas de bascule populaire. Reste alors le levier le plus rentable en politique congolaise : le sang. Ou, plus exactement, le récit du sang.
Le précédent du 12 juin 2026 est le mode d’emploi. Sit-in devant le Palais du Peuple, itinéraire contesté, heurts réels, leaders blessés — Fayulu le visage ensanglanté, Kabund touché, Sesanga annoncé atteint à la jambe mais tous vite guéris à Bujumbura…
Mais la C64 n’a pas vendu seulement des blessés. Elle a vendu des cadavres.
Fayulu, retranché au siège de l’ECiDé, lâche la formule qui doit tout emporter : deux personnes tuées devant le QG, corps emportés par la police. Une semaine plus tard, le communiqué de la coalition gonfle encore : deux morts, plus de cinq cents blessés, vingt-sept disparus. Le pouvoir, lui, clôt la journée à zéro mort, vingt blessés légers (15 policiers et 5 civils), cinq véhicules brûlés. Guerre des chiffres, comme toujours. Sauf qu’en juillet, la Commission Nationale des Droits de l’ Homme, CNDH va sur le terrain pour investiguer.
L’une des deux « victimes » annoncées est retrouvée vivante à l’hôpital militaire du camp Lufungula. L’autre, David Lompala, n’est localisée ni à l’adresse indiquée ni dans un registre de décès. Les disparitions alléguées ne tiennent pas davantage. Aucun matanga organisé. Les morts du 12 juin, brandis comme preuve d’un « carnage », n’ont jamais été établis. L’un d’eux respirait encore.
Trois mois plus tard, le même scénario revient, plus grossier.
À Lubumbashi, une vidéo de Bijoux Goya à terre, en larmes, qui se roule littéralement dans la poussière : « On vient de tuer mon enfant ! » Le clip fait le tour des réseaux. La C64 tient son icône de douleur maternelle. Sauf que le fils, Jonathan, n’est pas à la morgue. Il est chez lui, joignable, vivant. La sénatrice honoraire parle ensuite de jeunes « récupérés de justesse » et emmenés à l’hôpital. Le deuil improvisé s’évapore. Il reste une scène, un buzz, et une accusation de comédie qui colle et encore diffusée par les communicateurs du M23. On ne « tue » pas un fils le matin pour le laisser en ligne le soir sans que cela dise quelque chose de la fabrique de l’événement.
L’ancienne sénatrice kabiliste pleure son fils alors que celui-ci est bien vivant à la maison…
À Kinshasa, autre nom, même logique. Prince Epenge annonce la mort de son garde, Manassé Lomboto Bomengala, à l’hôpital Olympique. Fayulu envoie des condoléances. Les médias reprennent. La police, elle, clôt la journée : aucun décès. RFI, plus prudent, note l’essentiel : l’homme aurait été retrouvé inanimé à la suite d’un malheur, évacué, déclaré mort le soir, mais les causes restent inconnues ; selon ses sources, pas de traces de coups, de blessures, pas de sang, pas de veille, pas de matanga. Le ministère de l’Intérieur ne confirme rien. Pas d’autopsie publique. Pas de communiqué hospitalier indépendant. Un nom, une morgue présumée, une accusation contre la Force du progrès — et toujours pas de fait établi.
Manacé Lomboto , Grièvement blessée, tête bandée et en T-shirt blanc à l’hôpital. Après l’annonce de sa mort, elle apparaît sans bandage et en singlet gris. Ces différences soulèvent des questions.
Le pattern est désormais lisible. La C64 n’arrive pas à remplir les rues assez pour imposer un rapport de force. Elle compense par le sensationnalisme. On déclare le mort avant d’avoir le corps. On parle de milice et de balles réelles avant d’avoir une enquête. On transforme chaque heurt en massacre, chaque blessé en martyr, chaque rumeur en bilan.
La victimisation n’est pas un accident émotionnel : c’est le substitut à la foule qui ne vient pas.
Quand la marche est mince, le récit doit être épais. Quand l’itinéraire est négocié avec l’Hôtel de ville et que la journée ne bascule pas, il faut un drame pour que l’échec ressemble à une victoire morale.
Cela ne signifie pas que rien ne s’est passé. Le 12 juin comme le 15 septembre, il y a eu gaz, charges, arrestations, militants blessés, leaders touchés, changements non autorisés d’itinéraire. Minimiser cela serait aussi une opération. Mais confondre violence réelle et nécrologie fantôme, c’est autre chose. C’est instrumentaliser la mort – y compris celle qui n’a pas eu lieu – pour tenir une coalition qui peine à se convertir en mouvement de masse.
Le plus révélateur n’est pas seulement que les morts « n’ont jamais été confirmés » et qui sont restée sans inhumations ni deuil organisé.
C’est que, lorsqu’on a vérifié, l’un d’eux était vivant. Après ça, chaque nouveau deuil annoncé le jour d’une manifestation C64 devrait se lire avec la même règle : pas de nom stable, pas d’hôpital, pas de famille, pas d’acte, pas de mort. Juste une séquence politique.
Une caméra. Un cri dans la poussière, largement filmé. Un communiqué. Puis l’attente d’une preuve qui, jusqu’ici, n’arrive toujours pas.