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« NOUS AVONS RAVAGE LA REGION DES GRANDS LACS »: L’AVEU CYNIQUE DE KABAREBE DE SA GEOCRIMINALITE

Un aveu de déstabilisation régionale qui n’empêche pas la poursuite des mêmes pratiques.

Le 30 octobre 2023, lors d’une intervention au Unity Club à Kigali, le général James Kabarebe, alors fraîchement nommé Ministre d’État aux Affaires étrangères chargé de la Coopération régionale, a tenu des propos d’une franchise brutale.

S’adressant à un public rwandais, il a reconnu explicitement le rôle destructeur du Rwanda dans la région des Grands Lacs :

« Notre histoire n’est pas bonne dans la région… Akarere twarakayogoje (nous avons ravagé la région), nous avons semé le désordre… Ils en ont assez de nous… Nous n’avons nulle part où aller. Nous devons vivre ensemble ici. Nous n’avons pas le choix. »

Kabarebe rappelait également la petitesse du territoire rwandais, sa forte densité démographique et ses ressources naturelles limitées. Son message était clair : les Rwandais doivent rester unis derrière le pouvoir du FPR, car les voisins ne les accueilleront plus après des décennies de déstabilisation (exils de 1959 et 1994, guerres au Congo, etc.).

Cet aveu, loin d’être une simple analyse historique, constitue un aveu implicite de responsabilité dans les conflits qui ont ravagé la région depuis les années 1990 : deux guerres du Congo (1996-1997 et 1998-2003), le soutien à divers groupes armés, les pillages de ressources naturelles en RDC, et les tensions récurrentes avec l’Ouganda et le Burundi.

Une conscience claire… mais sans conséquence

Le régime de Paul Kagame sait parfaitement les dégâts causés. Kabarebe, figure historique du FPR et ancien chef d’état-major, ne parle pas en amateur. Pourtant, cette lucidité n’a pas entraîné le moindre changement de cap. Au contraire, depuis ce discours d’octobre 2023, le Rwanda a poursuivi et intensifié sa politique d’ingérence :

Soutien au M23 en RDC : Malgré les démentis peu sérieux de Kigali, de multiples rapports de l’ONU, des experts indépendants et des gouvernements occidentaux (États-Unis, UE) ont documenté le déploiement de troupes rwandaises (RDF) aux côtés du M23, la fourniture d’armes et le contrôle de territoires riches en minerais. La prise de Goma en 2025 et les avancées ultérieures en ont été les illustrations les plus dramatiques, provoquant des centaines de milliers de déplacés supplémentaires.

Tensions régionales persistantes : Le Burundi a dû intervenir militairement pour soutenir l’armée congolaise, entraînant une dégradation des relations avec Kigali. L’Ouganda a également accusé régulièrement le Rwanda d’ingérence.

Cette continuité révèle une hypocrisie profonde : le régime reconnaît en interne que sa politique a « ravagé » la région et rendu le Rwanda indésirable, mais il persiste dans la même logique sécuritaire et économique (contrôle des ressources du Kivu). L’argument de l’« unité nationale » et de la « survie » sert surtout à justifier le maintien d’un pouvoir autoritaire et l’absence d’alternance démocratique.

Les conséquences humaines et géopolitiques

Des millions de morts et de déplacés depuis 1996, une crise humanitaire chronique en RDC, des économies régionales fragilisées, et une méfiance durable entre voisins : voilà le bilan concret de cette stratégie. Pendant que Kabarebe appelle à la cohésion interne, les populations congolaises, burundaises et ougandaises paient le prix fort d’une instabilité entretenue.

Le régime rwandais se présente sur la scène internationale comme un modèle de stabilité et de développement, tout en exportant l’insécurité chez ses voisins. Cette duplicité est d’autant plus frappante que les sanctions américaines et européennes visant des officiers rwandais (dont Kabarebe lui-même) n’ont pas fondamentalement modifié le comportement de Kigali.

Vers une prise de conscience régionale ?

Tant que Kigali refusera de rompre avec cette logique de déstabilisation pour privilégier une véritable coopération régionale respectueuse des frontières, la paix dans les Grands Lacs restera illusoire. L’aveu de Kabarebe devrait servir non pas de justification interne au pouvoir, mais de rappel urgent à la communauté internationale et aux pays de la région : la stabilité ne se construira pas sur l’impunité et la force, mais sur le respect mutuel et la résolution des griefs profonds.

Le Rwanda a le droit de défendre ses intérêts. Il n’a pas le droit de le faire au détriment de la souveraineté et de la sécurité de ses voisins. Reconnaître ses erreurs passées est une chose. Cesser de les répéter en est une autre. Jusqu’à présent, le régime semble loin d’avoir choisi cette seconde voie.

Voici la transcription du Kinyarwanda du discours de James Kabarebe, dont la vidéo est ici publiée :

« Nos ressources naturelles ne sont pas abondantes, elles sont quasi épuisées.

Sur le plan démographique, nous sommes le quatrième pays le plus densément peuplé du monde. Après Singapour et… et ailleurs.

En plus de cela, notre réputation n’est pas bonne dans la région.

Chacun d’entre nous ici, qui n’a pas été réfugié, a un frère qui s’est réfugié.

Celui qui n’est pas parti en exil en 1959, il est parti en 1994.

Vous savez bien que nous avons meurtri tous les pays de cette région.

Autrement dit, si nous nous entre-déchirons, nous n’avons plus de choix, nous devons vivre ensemble ici, nous n’avons nulle part où aller… »

Contexte et date

Date : 30 octobre 2023.

Lieu : Discours lors d’un événement public à Kigali (dans le cadre d’une conférence ou d’une rencontre sur l’unité nationale / le retour des réfugiés, organisé par le FPR ou une structure liée). James Kabarebe y intervenait en tant que Ministre d’État aux Affaires étrangères en charge de la Coopération régionale (il venait d’être nommé à ce poste quelques semaines plus tôt, en septembre/octobre 2023).

Cette déclaration est citée comme un aveu implicite des guerres et déstabilisations menées par le Rwanda dans la région depuis les années 1990 (guerres au Congo, soutien à divers groupes armés, etc.).

Eugène Diomi Ndongala,

Démocratie Chrétienne, DC