NEUTRALISATION DES FDLR : LA MAIN TENDUE D’ABORD, LE POING FERME S’IL LE FAUT
Le 28 juillet 2026 à Kinshasa, les ministres Floribert Anzuluni et Patrick Muyaya ont annoncé la signature d’un protocole de désarmement, de démobilisation et de cantonnement avec les Forces démocratiques de libération du Rwanda. Adossé à l’accord de Washington du 27 juin 2025, il prévoit une reddition volontaire, puis la dissolution du mouvement. Il arrive après des mois de sensibilisation et le déploiement, depuis mars, de deux bataillons des FARDC à Walikale.

Depuis des décennies, un groupe étranger campe toujours sur le sol congolais. En signant l’accord de Washington, la RDC a promis de neutraliser les « descendants » armés de ceux qui ont fui la guerre civile au Rwanda. Cette promesse, il faut aujourd’hui la tenir — mais la tenir intelligemment.
La bonne méthode tient en une phrase : convaincre d’abord, contraindre ensuite.
Ce n’est pas un choix entre deux options, c’est une séquence. Le protocole signé entre le gouvernement de la RDC et les responsables des FDLR le consacre : on désamorce le maquis par la persuasion, on offre une sortie digne à ceux qui n’ont pas de sang sur les mains, on les cantonne, puis on dissout le mouvement.
C’est la voie la plus économe en vies humaines. C’est donc, moralement, la première à emprunter.
Que les FDLR aient posé des conditions — des camps viables, aucun rapatriement forcé — n’affaiblit en rien l’État. Cela distingue enfin un processus crédible des trente ans d’opérations avortées qui l’ont précédé. Vider le maquis avant d’isoler ses irréductibles, ce n’est pas capituler. C’est manœuvrer.
Mais une main tendue qui ne peut jamais se refermer n’est plus une politique : elle serait une supplique.
La persuasion ne vaut que parce qu’une alternative crédible l’accompagne. Les deux bataillons des FARDC deployés à Walikale ne contredisent pas le dialogue : ils l’ont rendu possible. Ce sont eux qui, après des mois de discours sans effet, ont accéléré les pourparlers. Et si la reddition volontaire échoue, la neutralisation par la force des FARDC ne sera pas seulement légitime : elle sera obligatoire. Aucune souveraineté digne de ce nom ne tolère indéfiniment une armée étrangère sur son territoire.
Le gouvernement rwandais semble soutenir que recourir à la force trahirait un accord de paix. C’est exactement l’inverse !
Washington n’a jamais promis l’impunité aux FDLR ni leur maintien en armes. Le texte fixe un objectif — la neutralisation — sans en imposer l’unique moyen. Persuader tant que cela avance, contraindre lorsque cela bloque : c’est rester exactement dans le mandat souscrit.
Le protocole ne fait rien d’autre qu’en traduire la lettre. Il ne protège d’ailleurs aucun criminel : quiconque a pris part à des crimes de guerre ou à des crimes contre l’humanité répondra de ses actes, sans ménagements. C’est une paix sans amnésie.
Reste l’obstacle qu’il faut nommer. Des six zones où se trouvent les FDLR, les NAI ( Named Areas of Interest ), une seule — Walikale — est sous contrôle congolais ; les cinq autres échappent à l’État, tenues par l’armée rwandaise, l’AFC-M23.
On ne peut sommer la RDC de désarmer des combattants là où une puissance étrangère – le Rwanda – fait la loi et ne fait pas grande chose pour les neutraliser, que ce soit pacifiquement ou militairement…
Et c’est là que l’accord retrouve sa cohérence. Neutralisation des FDLR et retrait rwandais ne sont pas deux exigences rivales : ce sont les deux faces d’un même engagement.
Le Rwanda a longtemps justifié sa présence par la menace des FDLR.
Que cette menace soit méthodiquement désamorcée, et le prétexte s’effondre.
Le retrait cesse alors d’être une revendication : il devient l’obligation contractuelle d’un partenaire qui a signé, lui aussi, à Washington, et il est tenu, en contrepartie à retirer l’armée rwandaise du territoire de la RDCongo.
Voilà une méthode humaine, parce qu’elle épargne d’abord le sang ; ferme, parce qu’elle ne renonce jamais à la contrainte ; juste, parce qu’elle refuse l’impunité ; loyale, parce qu’elle ne fait qu’accomplir la paix signée.
Neutraliser les FDLR par la persuasion d’abord et par la force s’il le faut, ce n’est pas s’écarter de l’Accord de paix de Washington.
C’est enfin lui donner une chance d’être appliqué.
Eugène Diomi Ndongala,
Démocratie Chrétienne, DC




