QUAND NOMMER LES BOURREAUX DEVIENT UN CRIME : REPONSE D’EUGENE DIOMI NDONGALA A KIKAYA BIN KARUBI
Ma réponse à la tribune négationniste de Kikaya bin Karubi sur le GENOCOST.

Il fallait s’y attendre. Chaque fois qu’un congolais ose désigner les responsables de l’agression subie par la RDC, surgit un affilié de proxy pour essayer de brouiller les pistes.
Le dernier texte de Barnabé Kikaya bin Karubi appartient à ce genre. Sous des airs de rigueur historique, il déroule un raisonnement dont l’effet — sinon l’intention — est limpide, comme j’ai déjà mis en exergue :
diluer la responsabilité des agresseurs, à commencer par le Rwanda, au moment précis où on ose enfin les nommer.
Reprenons calmement, parce que les faits, eux, ne bougent pas.
LE FAUX DILEMME « REBELLION OU AGRESSION »
Tout l’édifice de Kikaya repose sur une astuce : puisque l’opposition d’alors aurait parlé de « rébellion » et non d’ « agression » le 2 août 1998, on ne pourrait pas fonder le Genocost sur cette date sans faire des Congolais les bourreaux d’eux-mêmes. Le procédé semble séduisant, mais il repose sur une contradiction qui n’existe pas.
Une rébellion et une agression ne s’excluent pas : elles se superposent.
Le droit international le dit sans ambiguïté. La définition de l’agression retenue par les Nations Unies range explicitement parmi les actes d’agression « l’envoi de bandes ou de groupes armés » par un État sur le territoire d’un autre. Le RCD n’était pas une insurrection spontanée de Congolais mécontents : c’était une façade locale, un « proxy » adossée aux blindés, aux logistiques et aux officiers de Kigali, à un déploiement de 18.000 hommes, selon l’ONU. Habiller une agression étrangère du costume d’une « rébellion » nationale, c’était précisément la stratégie des agresseurs. Reprendre ce vocabulaire aujourd’hui, ce n’est pas faire de l’histoire : c’est prolonger leur ligne de défense.
L’AVEU QUI LE CONDAMNE
Le plus savoureux, c’est que Kikaya se réfute lui-même. Pour contester coute que coute le Genocost, il rappelle que la RDC a saisi la Cour internationale de Justice en 1999 pour « agression rwandaise, burundaise et ougandaise » perpétrée à partir du 2 août 1998. Voilà l’essentiel concédé par l’accusation elle-même : trois États, une même date, une même agression. C’est exactement la thèse qu’il prétend démolir. On ne peut pas convoquer la saisine de La Haye comme preuve et, dans le même souffle, nier ce qu’elle établit.
LE TOUR DE PASSE-PASSE SUR L’OUGANDA
Vient alors le morceau le plus glissant. Kikaya soutient que les réparations ougandaises n’auraient « aucun lien de cause à effet » avec la guerre, qu’elles auraient été « détournées».
C’est faux, et il le sait.
Les 325 millions de dollars que Kampala doit verser découlent en droite ligne de l’affaire des « Activités armées sur le territoire du Congo », née de l’agression du 2 août 1998. La Cour a tranché sur le fond en 2005, puis fixé les réparations en février 2022 : cinq annuités de 65 millions. Ce n’est pas une faveur, ce n’est pas une largesse ougandaise, c’est une condamnation. Prétendre relier ces indemnités aux affrontements de Kisangani de 2000, c’est fabriquer un écran de fumée pour dissocier l’Ouganda de l’agression initiale.
Et si le Rwanda et le Burundi, eux, n’ont pas été condamnés, ce n’est pas parce qu’ils étaient innocents : c’est que leurs affaires ont buté sur des questions de compétence — sur les réserves juridiques opposées par Kigali et d’ailleurs retirées le 15/08/2008 —, non sur un examen au fond qui les aurait blanchis.
Confondre un obstacle de procédure avec un acquittement, voilà la ruse qui ne peut confondre que les ignares.
L’absence de condamnation n’est pas une preuve d’innocence : c’est une preuve d’impunité.
LE NEGATIONNISME RETOURNE COMME UN GANT
Acculé, Kikaya renverse l’accusation : ce serait le pouvoir, ce serait ses contradicteurs, les vrais négationnistes.
Mais retourner un reproche n’est pas y répondre. Le fait brut demeure : trois agresseurs sont documentés, et l’on voudrait n’en retenir qu’un, ou aucun, au motif qu’en 1998 tel parti aurait employé tel mot pour définir la situation.
Hiérarchiser les agressions, trier les victimes selon la gravité supposée de ce qu’elles ont subi, c’est cela, la véritable trahison de la mémoire. Il n’existe pas d’échelle des morts. Le Genocost n’a pas d’autre ambition que de refuser cette comptabilité macabre.
CE QUI RESTE DE L ARGUMENTAIRE DE KARUBI
La question de la reconnaissance internationale du concept de « Genocost » est réelle, et elle mérite un travail juridique sérieux.
Mais on ne bâtit pas cette reconnaissance en effaçant les agresseurs du tableau.
On la bâtit en nommant, en documentant, en exigeant justice.
Nommer les bourreaux n’est pas un crime. C’est la première marche de la justice. Et c’est précisément parce que cette marche dérange qu’on s’acharne à la déblayer.
Kikaya n’est pas un observateur neutre. Voix d’un camp qui a longtemps cultivé l’ambiguïté face au soutien rwandais au M23, il s’offusque d’une « falsification » tout en escamotant le principal responsable contemporain de l’agression qui subit le peuple congolais. Relativiser la mémoire de Kasika, Makobola et Kishishe pour marquer des points contre un rival intérieur, c’est choisir un camp. Et ce n’est pas celui du Congo.
Les morts n’appartiennent ni à l’UDPS ni au FCC. Ils appartiennent au Congo.
Quiconque les transforme en argument de campagne pour couvrir Kigali, a trahi son devoir de reconnaissance et de mémoire, sans excuses possibles.
Eugène Diomi Ndongala
Démocratie Chrétienne






