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DEFENDRE LA CONSTITUTION EN VIOLANT SES REGLES. LE C64 ET SA LEGITIME DEFENSE FACE A « TOUTE ENTRAVE »

CE QUI CASSE L’ÉTAT DE DROIT

Le 17 septembre 2026, la coalition « Article 64 » invoque l’État de droit tout en s’arrogeant le monopole qu’il réserve à l’État : celui de la contrainte.

Du juge à la milice : la bascule idéologique de la C64, qui dessine une nouvelle grave contradiction et incoherence stratégique.

Le 17 septembre 2026, deux jours après une marche qui n’a pas atteint son but à Kinshasa et qui a été interdite ou dispersée dans plusieurs villes, la C64 publie un communiqué signé par Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund, Moïse Katumbi, Augustin Matata et Delly Sesanga.

Le texte célèbre encore « l’État de droit ». Puis il le désarme.

La bascule est le point 12 : la coalition « avertit tout celui qui veut entendre » qu’elle adopte désormais des « mesures de légitime défense contre toute entrave à ses activités publiques ». Le point 13 appelle le peuple à rester « vigilant, en veille et mobilisé » en « exploitant toutes les possibilités » de l’article 64 pour « barrer la route » à une révision constitutionnelle.

Voilà le cœur de l’affaiblissement. Les signataires ne se contentent pas de dénoncer un mort, des blessés, des arrestations – griefs qui, s’ils sont établis, appellent le juge.

Ils instituent une exception permanente : face à toute entrave future, la coalition se ferait justice elle-même.

Dans un État de droit, cette phrase est déjà une rupture.

La violence légitime n’appartient qu’à l’État.

La légitime défense n’est pas une politique de parti : c’est une riposte individuelle, actuelle, nécessaire, proportionnée.

Elle ne couvre pas un calendrier d’actions, ni une interdiction municipale, ni un cordon de police. S’opposer par la force à la force publique, le Code pénal congolais l’appelle rébellion ( art. 133 cp), pas résistance constitutionnelle.

L’article 64, dont la plateforme a fait son nom, n’offre pas davantage de chèque en blanc.

Il impose de faire échec à qui s’empare du pouvoir par la force ou l’exerce contre la Constitution. Il criminalise aussi la tentative de renverser le régime constitutionnel.

L’invoquer, après une mobilisation qui n’a pas fait masse, pour justifier des « mesures » non précisées, ce n’est plus défendre la loi fondamentale. C’est la plier jusqu’à en faire un levier d’auto-habilitation à l’usage de la force.

Le paradoxe est interne au texte.

Les cinq présidents exigent le démantèlement de la « Force du progrès», qu’ils décrivent comme milice recyclée, appuyée, selon eux, par une police et une armée « privatisées ».

Puis ils adoptent, en miroir, le même principe : la sécurité de leurs activités ne relèverait plus de l’autorité publique, mais d’eux-mêmes.

C’est ainsi que s’affaiblit l’État de droit : non seulement par les abus du pouvoir, mais par une opposition qui, faute d’avoir imposé son agenda par la rue pacifique, cesse de s’en remettre au droit et se pose en force parallèle.

On peut tenir pour sincère leur combat contre le Président Tshisekedi. C’est leur choix politique.

Mais, on ne peut pas tenir pour républicain un communiqué qui parle d’État de droit tout en s’exemptant de sa règle première : nul camp n’a le droit de privatiser la contrainte.

Quand les signataires d’une coalition « pour la défense de l’ordre constitutionnel » annoncent qu’ils se défendront désormais contre l’État aussi bien que contre ses milices alléguées, ils n’élèvent pas l’ordre constitutionnel. Ils le font dangereusement reculer, dans un aveuglement qui mine les fondations de l’état de droit.

Eugène Diomi Ndongala,

Démocratie Chrétienne, DC

Les Patriotes

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