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Kabila, Kagame, Nangaa, Bisimwa, Makenga : les noms tombent à La Haye

Le Front Uni pour la RDC saisit la Cour pénale internationale pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide dans l’Est du pays

Sur le parvis de la Cour pénale internationale, à La Haye, la voix ne tremble pas. Ce 16 septembre 2026, au sortir du Bureau du procureur, Me Sonny Kabeya Mukanya déplie la plainte et lit, au nom du Front Uni pour la République démocratique du Congo, les mots que des millions de Congolais portent depuis des années : une communication vient d’être déposée pour les crimes commis dans l’Est du pays depuis janvier 2025.

Le Front uni pour la RDC annonce avoir saisi, ce 16 septembre à La Haye, la justice contre Joseph Kabila, Corneille Nangaa et plusieurs responsables de l’AFC/M23.

Les noms tombent, sans détour. Joseph Kabila. Paul Kagame. Corneille Nangaa. Bertrand Bisimwa. Sultani Makenga. L’ancien président congolais, le chef de l’État rwandais et les têtes de l’AFC/M23 sont visés d’un même mouvement, pour des faits que l’organisation qualifie de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et de génocide.

Qui est le Front Uni pour la RDC ?

Derrière cette démarche se tient une ONG internationale de défense des droits humains, née de la diaspora congolaise. Le Front Uni pour la RDC n’est pas une voix isolée : il fédère plusieurs associations et collectifs congolais de défense des droits de l’homme établis à l’étranger, décidés à parler d’une seule voix. C’est là toute sa raison d’être, inscrite dans son nom même – rassembler des énergies longtemps dispersées, militants, juristes, familles de victimes, en un front commun. Sa ligne est constante : documenter les crimes commis dans l’Est de la RDC, briser le mur de l’impunité et contraindre la communauté internationale à regarder en face une guerre trop longtemps reléguée en note de bas de page.

Le Front uni pour la RDC annonce avoir saisi, ce 16 septembre à La Haye, la justice contre Joseph Kabila, Corneille Nangaa et plusieurs responsables de l’AFC/M23.

Cinq hommes, une plainte

Joseph Kabila – longtemps homme fort de Kinshasa, président de la RDC de 2001 à 2019, il est aujourd’hui rattrapé par ses liens avec la rébellion. Accusé de collusion avec l’AFC/M23, condamné à mort par contumace par la justice militaire congolaise en 2025 pour trahison, puis sanctionné par Washington en avril 2026, il figure désormais parmi les accusés de La Haye.

Paul Kagame – le président rwandais, au pouvoir depuis plus de deux décennies, est présenté par le Front Uni comme le soutien politique et militaire de la coalition rebelle. Une accusation que Kigali a toujours rejetée, mais que documentent, rapport après rapport, les experts des Nations unies.

Corneille Nangaa – ancien président de la Commission électorale nationale indépendante, passé de l’organisation des scrutins à la tête de la rébellion, il dirige l’Alliance Fleuve Congo (AFC), la vitrine politique sous laquelle s’est rangé le M23.

Bertrand Bisimwa – figure politique historique du M23, il en incarne la direction civile : le visage et la parole du mouvement.

Sultani Makenga – chef militaire de l’AFC/M23, il commande sur le terrain les opérations qui ravagent le Nord et le Sud-Kivu – un nom que les rapports onusiens citent sans relâche depuis des années.

Une pièce versée au dossier

La communication n’entend pas partir de rien. Elle vient nourrir l’enquête que la CPI a déjà ouverte sur la RDC, en y versant des éléments complémentaires : massacres, actes de torture, violences sexuelles, disparitions, déplacements forcés, documentés dans les zones écrasées par les opérations de l’AFC/M23 et de ses soutiens rwandais.

Puis vient le vertige des chiffres. La déclaration dresse le bilan d’un pays saigné : plus de dix millions de morts, près de six millions de déplacés internes, des millions de familles meurtries par près de trois décennies de guerre. Derrière chaque nombre, un village vidé, une route d’exode, un nom que personne n’a inscrit sur une tombe.

Alors l’appel monte, solennel. À la communauté internationale, au Conseil de sécurité des Nations unies, à l’Union européenne, à l’Union africaine, aux États partenaires de Kinshasa : le Front Uni réclame que la pression diplomatique soit renforcée et que tombent des sanctions ciblées contre ceux qu’il désigne comme responsables.

Le geste dépasse la seule symbolique. En réunissant dans une même plainte Kabila et Kagame – l’homme de Kinshasa d’hier et celui de Kigali -, l’organisation acte une lecture désormais partagée bien au-delà d’elle : celle d’un ancien chef d’État congolais passé du pouvoir à la rébellion, aux côtés du voisin rwandais accusé d’armer le M23.

Sur le parvis de La Haye, le sit-in s’achève comme il avait commencé : dans le calme et la détermination. La communication est désormais entre les mains du procureur de la CPI. Le Front Uni, lui, a fait ce qu’il était venu fairetransformer une douleur en dossier, et poser, face à la plus haute juridiction pénale du monde, une question qui n’attend plus de réponse : jusqu’à quand cette impunité ?

Eugène Diomi Ndongala,

Démocratie Chrétienne, DC

Les Patriotes

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