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Articles de la catégorie ‘MUSEE DE TERVUREN’

À TERVUREN, LA BELGIQUE ET KINSHASA SCELLENT ENFIN LA PAIX DES ARCHIVES GEOLOGIQUES

Pendant des mois, une bataille feutrée s’est jouée dans les réserves d’un musée de la banlieue bruxelloise. En jeu : cinq cents mètres linéaires de cartes jaunies, de relevés de forage et de carnets de terrain — la mémoire géologique d’un pays continent. Le 9 juin 2026, la Belgique et la République démocratique du Congo ont fini par tomber d’accord. Récit d’un compromis qui vaut de l’or.

Un trésor sur 500 mètres de rayonnages

Il faut imaginer l’Africa Museum de Tervuren, ancien Musée royal de l’Afrique centrale, comme un coffre-fort dont personne n’avait mesuré la valeur avant que le monde ne se mette à courir après le cobalt et le lithium. Sur près de cinq cents mètres d’étagères dorment des millions de documents accumulés pendant la période coloniale : la géologie de l’actuelle RDC, cartographiée mètre par mètre par les ingénieurs de Léopold II puis de l’État belge.

À l’époque, on cherchait le cuivre et l’or. Mais dans les marges de ces vieux dossiers figurent aussi le cobalt et le lithium — hier négligeables, aujourd’hui stratégiques. Or la RDC est devenue le deuxième producteur mondial de cuivre et détient plus de la moitié des réserves connues de cobalt de la planète. Le ministère des Mines estime que 90 % de son potentiel reste inexploré. Ces archives ne sont donc pas un simple objet patrimonial : elles sont une carte au trésor.

KoBold, l’Amérique et le grain de sable

L’étincelle est venue d’ailleurs. En juillet 2025, Kinshasa signe un accord avec KoBold Metals, jeune société américaine d’exploration soutenue par Bill Gates et Jeff Bezos, qui promet de numériser les archives grâce à l’intelligence artificielle et d’en rendre les données publiques. Sur le papier, l’affaire est belle. Dans les faits, elle bute sur un mur.

Car les documents convoités ne sont pas ceux de KoBold, ni même ceux de Kinshasa : ce sont des archives fédérales belges. Et Bruxelles refuse net d’accorder un accès exclusif à une entreprise privée étrangère avec laquelle l’État belge n’a aucune relation contractuelle. Le directeur du musée, Bart Ouvry, résume la ligne sans détour : ces archives sont publiques, on ne les cède pas à une société comme on solderait un stock. Jusqu’en février 2026, malgré la pression diplomatique américaine, KoBold n’obtiendra pas l’accès complet qu’elle réclamait.

Le bras de fer fait alors la une du Financial Times. On y voit un musée coincé entre la mémoire coloniale, la souveraineté d’un État et l’appétit des géants de la tech. Le décor est planté pour un affrontement. Il n’aura pas lieu — du moins pas là où on l’attendait.

Le vrai malentendu n’était pas où l’on croyait

Voici le retournement : le conflit n’opposait pas la Belgique à la RDC. Il opposait la Belgique à KoBold. Entre Tervuren et Kinshasa, le dialogue, lui, n’a jamais cessé.

Bart Ouvry l’a martelé : il n’existe aucun différend avec les autorités congolaises. Le musée leur a exposé sa méthode et ses moyens ; les partenaires congolais s’en disent satisfaits. Mieux, le Service géologique national du Congo participe étroitement au projet en tant que partenaire scientifique. Côté belge, on décrit des échanges « soutenus et continus », avec des contacts parfois quasi quotidiens. La véritable question n’était donc pas « si » la RDC récupérerait ses données, mais « comment » — et par quelle main.

Le compromis, point par point

Le 9 juin 2026, à Tervuren, le ministre congolais des Mines préside une séance de travail décisive. De cette rencontre sort une feuille de route et un groupe de travail conjoint. Le compromis tient en quelques principes clairs.

La numérisation reste belge et publique. Le musée réalise le travail lui-même, de façon scientifique, sans le sous-traiter à un acteur industriel. C’est le point de rupture assumé avec le modèle KoBold. Le chantier est financé par l’Union européenne, et sept collaborateurs supplémentaires ont été recrutés pour l’accélérer.

Le transfert se fait par étapes, et il est irréversible. Des copies numériques sont remises au fur et à mesure aux autorités congolaises compétentes, au premier rang desquelles le Service géologique. Une fois ces copies livrées, leur usage relève pleinement de la souveraineté de la RDC : Bruxelles ne s’immisce pas dans ce que Kinshasa en fera ensuite.

Les priorités se décident à deux. Le musée ne trie pas seul : il définit conjointement avec ses partenaires congolais les fonds à numériser en premier. Sur le plan technique, deux serveurs seront installés — l’un à Tervuren, l’autre en RDC. L’objectif affiché : boucler l’ensemble à l’horizon 2030.

Et pour sceller le tout, un geste. Lors de la visite de la cartothèque, les responsables du musée ont remis au ministre une carte historique de la RDC datant de 1952. Symbole modeste, mais éloquent, d’un patrimoine qui commence, page après page, à reprendre le chemin du Sud.

Ce que le compromis dit — et ce qu’il tait

Le compromis du 9 juin n’a pas résolu tous les déséquilibres hérités d’un siècle d’histoire. Mais il a fait une chose rare dans ce dossier saturé de convoitises : remettre l’État congolais au centre du jeu, sans le livrer aux enchères.

Nous nous félicitons qu’un solution directe entre Etat Congolais et Belge et accepté par Kobold – comme nous l’avions souhaité et suggéré il y a quelques mois

– ait pu décanter la situation.

Eugène Diomi Ndongala,

Démocratie Chrétienne, DC