« LEVEZ-VOUS, PRENEZ LES ARMES ET LIBEREZ LE CONGO » : LE SCANDALEUX APPEL D’UN SENATEUR RWANDAIS
Lors de la commémoration de Gatumba, Tito Rutaremara nie l’identité congolaise des Banyamulenge et confirme, en direct, les accusations de Kinshasa devant la CIJ.

Le 13 août 2026, dans une salle de Kigali, alors que la communauté banyamulenge se recueillait pour commémorer le massacre de Gatumba, un homme a pris la parole. Pas un simple orateur. Tito Rutaremara, l’un des piliers historiques du Front patriotique rwandais (FPR), ancien sénateur, président du Forum des aînés.
Et ce qu’il a dit dépasse le scandale.
C’est une déclaration de guerre à peine voilée.
Devant un public endeuillé, il a d’abord effacé leur nom.
« Banyamulenge n’est qu’un village », a-t-il lâché.
Puis, le verdict identitaire : « Vous êtes des Rwandais comme moi… que vous le vouliez ou non. » Congolais d’origine rwandaise, a-t-il précisé, comme s’il distribuait des nationalités depuis Kigali.
Mais le pire était à venir.
« Levez-vous, prenez les armes, aidez le M23 et libérez le Congo. Le Congo est à vous… Ne combattez pas seulement pour vos droits, allez libérer le Congo. »
« Votre foyer est le Congo ; libérez-le. Si le Congo est libéré, le génocide de Gatumba sera reconnu… »
« Pourquoi le génocide d’ici [contre les Tutsi] est-il puni ? C’est parce que nous avons gagné. Si nous avions perdu, on ne l’aurait jamais appelé génocide. »
Ces mots ne sont pas une opinion. Ils sont une feuille de route.
Prononcés au moment même où l’on honore des victimes, ils transforment le deuil en recrutement.
Ils nient l’identité congolaise d’une communauté déjà meurtrie par des décennies d’accusations d’« étrangers ».
Et ils appellent explicitement de jeunes Congolais à rejoindre un groupe armé – le M23 – pour attaquer la RDCongo.
La gravité est totale.
Un haut responsable rwandais, au cœur du pouvoir de Kigali, invite publiquement à l’agression armée contre un État voisin.
Il présente la guerre comme seule voie de justice. Il fait du Congo un territoire à « libérer », comme s’il s’agissait d’une province perdue.
Dans une région où chaque mot peut allumer un village, chaque appel aux armes peut faire couler le sang, ce discours n’est pas une maladresse. C’est une provocation calculée.
Et il tombe au pire moment. Le 26 juin 2026, la République démocratique du Congo a saisi la Cour internationale de Justice à La Haye. Kinshasa accuse le Rwanda de soutenir et de diriger des groupes armés – dont le proxy M23 – pour mener des opérations militaires illicites sur son territoire depuis 1996 : massacres, tortures, violences sexuelles, déplacements forcés, discrimination. La plainte invoque la Convention sur le génocide, celle contre la torture, celle contre la discrimination raciale.
Les propos de Rutaremara ne sont pas une coïncidence. Ils sont une confirmation en direct.
Quand un cadre aussi senior appelle à « aider la rébellion du M23 » et à « libérer le Congo », il valide, mot pour mot, l’accusation centrale de Kinshasa :
Kigali utilise des proxies et des communautés pour prolonger une guerre de déstabilisation.
Ce n’est plus une hypothèse. C’est une voix officielle qui le dit à voix haute.
Le gouvernement congolais a réagi sans détour. Patrick Muyaya, porte-parole, a martelé : « Les Banyamulenge sont Congolais, au même titre que toutes les autres communautés de notre pays. »
Des organisations banyamulenge ont, elles aussi, rejeté l’instrumentalisation.
En particulier, les Banyamulenge Global Advocacy (BGA /
). C’est l’une des organisations de plaidoyer les plus actives de la diaspora.
Dans un communiqué publié juste après le discours, elle a fermement condamné les déclarations de Rutaremara.
· Elle l’accuse d’avoir : dénigré et humilié la communauté pendant une cérémonie de deuil ;
· moqué le nom « Banyamulenge » (en disant qu’il rit quand il l’entend parce que ça désigne une montagne) ;
· ordonné aux Banyamulenge de s’identifier désormais comme « Banyarwanda du Congo » ;
· profité d’une commémoration solennelle pour mobiliser les jeunes Congolais d’origine banyamulenge contre leur propre gouvernement ;
· incité à se soulever pour « libérer le Congo ».
BGA a qualifié ces propos de « provocation et humiliation profondes » et a rappelé que le Rwanda n’a aucune légitimité à parler au nom des Banyamulenge.
Elles refusent d’être transformées en chair à canon d’un conflit qui n’est pas le leur.
Mais le mal est fait.
Autrement dit, la même communauté sert simultanément de cible et de prétexte.
Des propos qui la qualifient de « rwandaise » — a fortiori s’ils l’appellent à rejoindre un groupe armé — nourrissent précisément l’amalgame qui la met en danger, en donnant du grain à moudre à ceux qui la désignent comme cheval de Troie étranger.
Ces paroles ont déjà circulé. Elles ont déjà été entendues. Elles renforcent le récit de l’agression.
Elles exposent encore plus les Banyamulenge au soupçon.
Et elles rappellent une vérité brute : tant que des responsables rwandais se permettront d’appeler à la conquête du Congo depuis une tribune officielle, la paix restera un mirage.
Voici la transcription fidèle, en français, des passages les plus graves du discours de Tito Rutaremara à Gatumba, tirée du Kinyarwanda :
« J’entends dire : hé, les jeunes, que allez-vous faire ?
Pendant qu’il y a un pays là-bas… des gens (le M23) se battent.
Comme j’avais l’habitude de vous entendre dire : “Notre foyer, c’est Mulenge”…
J’ai entendu quelqu’un dire : “Battez-vous pour nos droits.”
Mais ne combattez pas seulement pour vos droits, allez libérer le Congo.
Vous êtes Congolais, mais d’origine rwandaise.
Comme il y a des Rwandais à Mulenge, à Masisi, à Rutshuru… et aussi des Rwandais dans une partie de l’Ouganda.
Le Congo est à vous.
Mais vous (Banyamulenge), vous êtes au Congo.
Banyamulenge n’est qu’un village.
Vous êtes des Rwandais comme moi… que vous le vouliez ou non.
Levez-vous, prenez les armes, aidez le M23 et libérez le Congo.
Votre foyer est le Congo ; libérez-le. Si le Congo est libéré, le génocide de Gatumba sera reconnu.
Pourquoi le génocide d’ici [contre les Tutsi] est-il puni ? C’est parce que nous avons gagné. Si nous avions perdu, on ne l’aurait jamais appelé génocide. »
Rappelons aussi le propos d’un autre sénateur rwandais, Evode Uwizeyimana, qui exigeait publiquement que « la RDC démantèle son armée » et que « le Rwanda ne se retira jamais de la RDC » (
https://democratiechretienne.com/#/article/quand-kigali-exige-que-le-congo-demantele-son-armee).
Ces phrases ne demandent plus d’interprétation.
Elles demandent des comptes.
Eugène Diomi Ndongala,
Démocratie Chrétienne, DC






