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RDC : sur des fronts toujours actifs, le blocage du mécanisme de vérification du cessez-le-feu envenime le processus de paix

Est de la République démocratique du Congo — 5 août 2026

Alors que les combats n’ont jamais réellement cessé sur les lignes de front du Nord et du Sud-Kivu, l’unique organe censé surveiller la trêve entre Kinshasa et la coalition AFC/M23 se trouve à l’arrêt. L’expulsion, fin juillet, d’un officier des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) déployé à Goma a paralysé le Mécanisme conjoint de vérification élargie (MCVE+) et transformé un outil diplomatique attendu en nouveau terrain d’affrontement, cette fois rhétorique.

Un mécanisme conçu pour vérifier, resté sans mission

Le MCVE+ — également désigné par son sigle anglais EJVM+ (Expanded Joint Verification Mechanism Plus) — est né du processus de Doha, le volet de négociation qui associe directement le gouvernement congolais et l’AFC/M23 sous médiation qatarienne, en parallèle de l’accord de Washington signé en décembre 2025 entre la RDC et le Rwanda. Ses termes de référence, son mandat et sa composition ont été adoptés le 2 février 2026 à Doha, puis le dispositif a été formalisé lors de pourparlers tenus à Montreux, en Suisse, en avril 2026.

Sa mission est précise : surveiller l’application du cessez-le-feu, enquêter sur les violations signalées et en rendre compte. L’organe réunit des experts militaires de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), des représentants des FARDC et de l’AFC/M23, avec l’appui logistique de la Mission des Nations unies (MONUSCO) et la présence, en qualité d’observateurs, de l’Union africaine, du Qatar et des États-Unis.

Sur le papier, une avancée décisive s’est produite à la mi-juillet. Trois officiers des FARDC — deux lieutenants-colonels et un major — ont rejoint Goma, chef-lieu du Nord-Kivu sous contrôle rebelle, à bord d’un hélicoptère de la MONUSCO. Leur arrivée, saluée par les partenaires internationaux, complétait la représentation gouvernementale et marquait la première présence d’officiers loyalistes dans la ville depuis sa prise par l’AFC/M23 en janvier 2025. Près de quatre mois après sa création officielle, le mécanisme semblait enfin en mesure de se déployer sur le terrain.

L’expulsion qui a tout enrayé

L’élan a été brisé quelques jours plus tard. L’un des trois officiers congolais a été expulsé des zones tenues par l’AFC/M23 et a regagné, par la route, la région de Beni. Depuis, le mécanisme n’a produit aucun rapport ni mené la moindre mission de vérification.

Pour Kinshasa, il s’agit d’une obstruction assumée. Devant le Conseil des ministres, début août, le vice-Premier ministre et ministre de la Défense nationale, Guy Kabombo, a dénoncé une expulsion intervenue « sans motif valable », y voyant une manœuvre destinée à retarder le déploiement du dispositif et à empêcher la vérification des accusations de violations que les deux camps s’échangent en permanence. Le gouvernement souligne le paradoxe : c’est précisément l’organe censé arbitrer ces accusations qui se trouve neutralisé.

Une version rebelle diamétralement opposée

L’AFC/M23 livre un tout autre récit. Selon plusieurs sources proches du mouvement, l’officier arrivé à Goma ne correspondait pas à l’identité inscrite dans les documents officiellement transmis aux parties. D’après des informations rapportées par le média Câble, le major Lokuli Bofanda Freddy se serait présenté sous l’identité du major Kalonji Kaba Toutou, l’anomalie ayant été découverte lors des formalités d’enregistrement au secrétariat du MCVE+. Un responsable de la rébellion affirme que l’homme a été écarté dès le lundi 27 juillet.

Le mouvement va plus loin : il présente l’officier comme un ancien membre des renseignements militaires congolais, ayant déjà servi à Goma, et le soupçonne d’avoir été dépêché pour des activités de renseignement plutôt que de vérification. Selon ces mêmes sources, l’AFC/M23 aurait un temps envisagé d’expulser les trois officiers avant de n’en récuser finalement qu’un seul.

D’autres sources sécuritaires congolaises confirment l’appartenance de l’officier aux services de renseignement, mais présentent cette expérience comme un atout, en raison de sa connaissance des dossiers. La réalité factuelle demeure donc disputée : entre obstruction politique délibérée et incident administratif exploité, aucune vérification indépendante n’a tranché à ce jour.

Des fronts qui ne connaissent pas de trêve

Ce blocage est d’autant plus lourd de conséquences que le terrain, lui, reste en feu.

Au Sud-Kivu, l’essentiel des combats se concentre depuis plusieurs mois dans les moyens et hauts plateaux des territoires de Fizi, Uvira et Mwenga, autour de « l’anneau de Minembwe ». Depuis le 1er juillet, les affrontements y opposent l’AFC/M23 et ses alliés Twirwaneho aux FARDC appuyées par les Wazalendo. Les rebelles ont enlevé plusieurs positions, dont Point Zéro, à l’est de Minembwe, le 4 juillet — un point d’appui jusque-là utilisé par l’armée, les Wazalendo et l’armée burundaise (FDNB) — ainsi que Rugezi, Mulima, à une quarantaine de kilomètres de Baraka, et le village d’Angùle. Les FARDC ont pour leur part revendiqué la reprise de Kimete, Wihene et Kashamata, après avoir déjà réinvesti le centre de Minembwe à la mi-juin. La ligne de front y évolue colline par colline, sans percée décisive.

Au Nord-Kivu, la situation demeure officiellement plus stable, mais les accrochages y sont hebdomadaires. Fin juillet, de violents combats ont opposé l’AFC/M23 à des factions Wazalendo dans le sud du territoire de Masisi, autour des groupements de Kibabi et d’Ufamandu, le mouvement cherchant à consolider son emprise sur le site minier stratégique de Rubaya et le centre commercial de Ngungu. Début juillet, d’importants renforts rebelles — combattants et armement lourd — avaient été signalés dans le sud du territoire de Lubero et à Walikale, ravivant la crainte d’une nouvelle escalade.

À cette guerre au sol s’ajoute une dimension aérienne : l’AFC/M23 a revendiqué début 2026 des frappes de drones contre l’aéroport de Kisangani, tandis que les FARDC ont multiplié les frappes de drones sur des positions rebelles, notamment près de Goma.

Le 23 juillet, des experts des Nations unies ont par ailleurs dénoncé de graves violations des droits humains dans les zones sous contrôle de l’AFC/M23.

Un test pour la crédibilité des accords

Le sort du MCVE+ dépasse le cas d’un officier. Conçu comme la clé de voûte technique des processus de Doha et de Washington, il devait offrir aux deux camps — et à leurs parrains internationaux — un arbitre impartial capable de documenter qui, sur le terrain, viole la trêve. Tant qu’il reste paralysé, chaque camp conserve la liberté d’accuser l’autre sans contradiction possible, et les combats se poursuivent à l’abri de tout constat officiel.

L’incident de Goma illustre ainsi la fragilité d’un édifice diplomatique bâti sur une méfiance profonde : un simple différend d’identité a suffi à figer un mécanisme réclamé pendant des mois.

Reste à savoir si les médiateurs qatarien, américain et africain parviendront à relancer un outil dont l’inaction, à mesure que les fronts bougent, profite avant tout au statu quo militaire.

Marc Mawete,

Démocratie Chrétienne, DC