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« Légitime défense » : Diomi met en garde la C64/ L’OURAGAN.CD

« Légitime défense » : Diomi met en garde la C64

Après les manifestations sous tension du 15 septembre, la C64 durcit le ton et brandit désormais la « légitime défense ». Une posture qui fait bondir Eugène Diomi Ndongala. Le président de la Démocratie chrétienne accuse les ténors de l’opposition de jouer avec une notion juridique qui ne saurait servir de permis politique pour affronter les forces de l’ordre.

Par Basile Muya

Le président du parti Démocratie Chrétienne (DC), Eugène Diomi Ndongala appelle au respect strict du monopole d’État dans le cadre de la contrainte légitime

publié le 22 septembre 2026 à 03:22:00

Dans une analyse particulièrement critique, le leader du rassemblement « Les Patriotes » met en garde contre le recours à la « légitime défense » lancé par la Coalition Article 64 (C64), au lendemain des manifestations sous tension du 15 septembre.

Pour l’ancien ministre et parlementaire, cette orientation soulève une question fondamentale sur les limites de l’action politique dans un État de droit. Il avertit contre un glissement conceptuel au sein de cette coalition qui réunit notamment Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund, Moïse Katumbi, Augustin Matata Ponyo et Delly Sesanga.

À ses yeux, vouloir défendre l’ordre constitutionnel en recourant à des mécanismes relevant de la justice privée risque, paradoxalement, de fragiliser les principes que l’opposition affirme vouloir préserver.

La controverse s’est cristallisée autour du communiqué conjoint publié le 17 septembre 2026 par les cinq dirigeants de la C64. Au point 12 de cette déclaration, la coalition annonce son intention d’adopter des mesures de légitime défense contre toute entrave à ses activités publiques. Au point 13, elle appelle, par ailleurs, la population à rester mobilisée en recourant à toutes les options offertes par l’article 64 de la Constitution.

De l’avis d’Eugène Diomi Ndongala, cette formulation marque un virage dangereux politique vers une logique d’auto-protection sécuritaire. Il rappelle que, dans une République, le monopole de la contrainte physique légitime relève de l’État et qu’aucune organisation politique ne peut se substituer aux forces publiques dans le maintien de l’ordre.

Dans son argumentaire, le président de la Démocratie Chrétienne conteste également l’usage politique fait de la notion de légitime défense.

Eugène Diomi Ndongala estime, en outre, que toute opposition physique ou armée à la force publique relève de l’article 133 du Code pénal congolais, qui qualifie ces actes de rébellion. Dans cette lecture, l’invocation de la légitime défense ne saurait donc transformer une confrontation avec les forces publiques en acte de résistance légitime à l’oppression.

Le leader des Patriotes redoute surtout un effet miroir dans la réponse aux milices privées. Il reconnaît la légitimité du combat politique engagé par l’opposition contre le pouvoir de Félix Tshisekedi, mais relève une contradiction dans la posture de la C64. La coalition réclame le démantèlement de formations civiles partisanes telles que la « Force du progrès », qu’elle accuse de s’en prendre aux opposants avec la complicité des services de sécurité, tout en annonçant parallèlement vouloir assurer elle-même la protection de ses manifestations. Cette perspective est fermement rejetée par Diomi Ndongala.

Quand les signataires d’une coalition pour la défense de l’ordre constitutionnel annoncent qu’ils se défendront désormais contre l’État aussi bien que contre ses milices alléguées, ils n’élèvent pas l’ordre constitutionnel. Ils le font dangereusement reculer, avertit-il, redoutant un engrenage susceptible de conduire à une multiplication des affrontements.

– L’article 64, résistance citoyenne ou blanc-seing ? –

Au centre de cette controverse figure l’article 64 de la Constitution du 18 février 2006. Cette disposition impose à tout Congolais le devoir de faire échec à quiconque prend le pouvoir par la force ou l’exerce en violation des règles constitutionnelles.

Pour Diomi Ndongala, cette disposition consacre un principe de résistance citoyenne, mais ne peut être interprétée comme une autorisation générale de recourir à la violence privée. Lorsque des manifestations de l’opposition sont, selon elle, confrontées à des brutalités, des bavures judiciaires ou des privations de liberté, la réponse devrait, dans sa lecture, passer par les voies de droit, la saisine des institutions nationales et internationales ainsi que par une mobilisation civique non violente.

Pour lui, détourner l’article 64 pour justifier des représailles reviendrait à fragiliser l’autorité de la Constitution elle-même.

Face à la montée des tensions entre les acteurs politiques et les institutions de l’État, Diomi appelle finalement au respect des règles républicaines. Il alerte sur le risque de voir s’installer un climat où le rapport de force prendrait progressivement le pas sur les mécanismes de l’État de droit. En contestant la nouvelle orientation affichée par la C64, le président de la Démocratie Chrétienne défend ainsi une conception strictement juridique de la confrontation politique.

De son point de vue, la défense des libertés publiques et la quête de justice ne peuvent durablement s’appuyer sur des pratiques qui remettraient en cause les principes mêmes de l’ordre constitutionnel.

L’OURAGAN.CD

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