QUAND LA DIPLOMATIE ONU+USA EXIGE LE RETRAIT RWANDAIS, LE PANEL DE L’UA DECIDE DE POSER AVEC LE M23
Six jours après un nouvel appel du Conseil de sécurité au départ immédiat des troupes rwandaises, et au lendemain d’un rappel américain des mêmes obligations, le panel de l’UA s’est rendu chez l’AFC/M23 sans communiqué, sans Kinshasa et sans Kigali dans le programme, qui d’ailleurs reste « inconnu » faute de communication.

Le 3 octobre 2026, le Conseil, par la voix de son président du mois, l’ambassadeur de France Jérôme Bonnafort, a réclamé avec force la mise en œuvre « intégrale, immédiate et inconditionnelle » de la résolution 2773.
Il a répété l’appel aux Forces de défense rwandaises : cesser tout soutien au M23 et se retirer sans condition de l’est de la RDC.
Quatre jours plus tôt, à la 10 232e séance, Kinshasa demandait déjà la suspension des contingents rwandais dans les opérations de paix de l’ONU jusqu’à un retrait vérifié. Le 2 octobre, l’adjoint américain aux affaires africaines, Frank Garcia, disait la même chose à l’ambassadeur du Rwanda convoquée au Département d’Etat USA : fin du soutien au M23, retrait des forces, application des accords de Washington. La ligne internationale, à cet instant, a un centre de gravité : les troupes étrangères.
C’est dans ce contexte diplomatique bien identifiable que le 5 octobre, le Panel des facilitateurs de l’Union africaine en choisit un autre. Uhuru Kenyatta, Mokgweetsi Masisi et Sahle-Work Zewde, accompagnés d’un représentant du médiateur togolais Faure Gnassingbé, arrivent sous escorte de l’ONU et rencontrent Corneille Nangaa, Bertrand Bisimwa et Freddy Kaniki, les chefs de la rébellion de proxy du M23. Réunion à huis clos, d’abord à la coordination politique du mouvement, puis à l’hôtel Serena. L’AFC/M23 publie. Le panel, non.
Aucun objectif de mission, aucun compte rendu, aucun engagement de retrait, de cessez-le-feu ou de calendrier. Les combats, eux, se poursuivent le jour même dans le Masisi.
Le format officiel est celui du panel de l’UA, pas une mission de la SADC ni de la Communauté d’Afrique de l’Est.
Mais la séquence porte leur héritage. La force de l’EAC a été remerciée fin 2023. Celle de la SADC a été mise hors jeu autour de Sake et de Goma, puis son mandat clos en mars 2025. Depuis 2025, ce panel tente d’exister à côté de Washington et de Doha, qui fixent le calendrier — accord RDC–Rwanda de décembre 2025, cadre avec l’AFC/M23, conférence trilatérale d’octobre sur l’ordre d’opérations — pendant que l’UA et Lomé n’y figurent que comme « accompagnateurs ».
Aller d’abord chez ceux qui tiennent la ville, de facto, c’est le geste le plus visible pour ne pas être absent. C’est aussi le plus maladroit du point de vue diplomatique…
Une tournée avait été annoncée fin septembre : Kinshasa, Kigali, Goma, d’ici la mi-octobre. Seule Goma est documentée.
Recevoir la direction rebelle dans ses propres murs, sans contre-visite confirmée chez Tshisekedi ni chez Kagame, et sans un mot public des facilitateurs, ne clarifie rien de ce que New York et Washington viennent de remettre au centre.
Cela déplace le projecteur. L’AFC/M23 a immédiatement parlé d’une « résolution politique, durable et « africaine ». C’est le seul bénéfice net de la journée : une photo, un tapis rouge sang déployé par les rebelles, des danses en honneur du panel, un statut interlocuter, un récit africain parallèle mais pas précisé à l’exigence de départ des forces rwandaises.
Que du brouillard !
La contradiction n’est pas de détail. On peut consulter un groupe armé qui contrôle le terrain ; encore faut-il dire pourquoi, et relier cette écoute au retrait que le Conseil et les États-Unis viennent d’exiger.
Ici, le silence du panel fait le travail inverse.
Il remet la rébellion au milieu du cadre au moment où la dynamique diplomatique utile parle d’agression, de soutien extérieur et de troupes à retirer.
Faute de texte, faute de Kinshasa, faute de Kigali, la visite n’ajoute rien à la paix.
Elle ajoute du brouillard — et l’impression d’un dispositif régional qui, pour faire semblant d’exister, fait même tout ce qui est en son pouvoir pour brouiller le message.
Eugène Diomi Ndongala,
Démocratie Chrétienne, DC
Les Patriotes






