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Articles de la catégorie ‘OPPOSITION RADICALISEE’

LES 7 GRAVES CONTRADICTIONS D’UNE OPPOSITION RADICALISEE

Il y a des refus qui sont de la tactique. Il y en a d’autres qui sont une doctrine. Le « non catégorique » de la C64, lu le 28 août à Kinshasa n’est pas un désaccord de calendrier. C’est le moment où une opposition radicalisée se dévoile : elle avait exigé le dialogue comme ultime recours; elle le vomit dès qu’il n’est plus le sien.

La veille, Félix Tshisekedi a ouvert un « Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État ». Trois mois. Pas un marchandage de palais.

Des consultations d’abord dans les 26 provinces, ensuite seulement des assises à Kinshasa. Une ligne rouge posée sans détour : on ne s’assoit pas à la table de la nation les armes à la main, en occupant le territoire, en administrant illégalement des entités de la République ou en agissant au service d’une puissance étrangère — le Rwanda est nommé. Doha reste le cadre pour l’AFC/M23. Pas de transition. Pas de partage du pouvoir. Pas d’amnistie générale pour les crimes imprescriptibles de guerre et crimes contre l’humanité.

C’est le geste d’un pays agressé qui, au lieu de se refermer, tente encore de parler à ses propres citoyens.

La C64 y répond comme si l’offense n’était pas l’occupation de l’Est, mais le fait que Kinshasa ait osé cadrer la conversation.

Le dialogue qu’ils réclamaient, jusqu’à ce qu’il existe

En juillet, sous la pression de la CENCO, de l’ECC et du président burundais Évariste Ndayishimiye, la coalition reporte sa marche sur le Palais de la Nation. Elle fixe un ultimatum : dialogue inclusif convoqué au 15 août, sinon « toutes les conséquences politiques ». Elle se dit « pleinement disponible » — phrase de bon élève — tout en exigeant, avant même de s’asseoir, que Tshisekedi renonce « publiquement et définitivement » à tout projet de réforme constitutionnel.

Traduction froide : le dialogue n’est acceptable que s’il commence par la capitulation de l’autre. Ce n’est pas une table. C’est un procès dont le verdict est déjà rédigé.

Le 27 août, le président parle. Le 28, la C64 découvre que le peuple « n’est pas dupe », que ces « énièmes consultations » ne répondent « ni à l’urgence de la guerre, ni à l’insécurité, ni aux crises sanitaires, ni à la détresse sociale », et que derrière l’initiative se cacherait le troisième mandat, la balkanisation, le « fonds de commerce » de la souffrance de l’Est. Prochaine étape : une marche nationale le 15 septembre.

On aura donc vu, en quelques semaines, la même coalition exiger le dialogue, le conditionner à l’humiliation préalable du chef de l’État, le reporter derrière un ultimatum, puis le traiter de simulacre dès qu’il est convoqué sans ses préalables.

L’INCLUSIVITE A L’ENVERS : LE PEUPLE DEHORS, LES PROXYS DEDANS

C’est ici que le mot « inclusif », chez la C64, cesse d’être un principe et devient une arme sémantique.

Tshisekedi commence par les provinces. Vingt-six. Des communautés, des territoires, des paroles ramassées loin de Gombe avant d’être condensées à Kinshasa. C’est, pour le dire sans lyrisme, le peuple dans sa géographie réelle — y compris celle qui saigne. La C64 baptise cela « prétendues consultations populaires » et les oppose à un « dialogue national inclusif » dont elle ne définit jamais les invités autrement que par ce qu’elle ne veut pas lâcher.

Or, avant même le discours présidentiel, des représentants de cette coalition avaient plaidé pour la présence de Joseph Kabila et de Corneille Nangaa.

Corneille Nangaa n’est pas un contradicteur de salon. Il est le visage politique de l’AFC, alliée du M23, dans un dispositif d’occupation que Kinshasa et la communauté internationale rattachent directement à Kigali.

Kabila n’est pas un ancien président en retraite contemplative : son nom, dans cette séquence, fonctionne comme passerelle entre une mémoire du pouvoir et une rébellion qui administre déjà des pans du Kivu. Kagame lui-même l’a défini publiquement « associé » du M23 et pour cela il est sous sanctions de l’OFAC américain.

Voilà le concept curieux. « Inclusif », dans la bouche de la C64, ne veut pas dire : faire parler Matadi, Beni, Bunia, le Kasaï, le Grand Nord, les déplacés, les notables, les victimes. Cela veut dire : ouvrir la table nationale à ceux qui, aujourd’hui, tiennent le territoire par les armes et à ceux qui, hier, ont tenu l’État.

Le peuple, lui, est renvoyé à une marche. Les proxys, eux, sont hissés au rang de « composante ».

C’est une inclusivité de conquête.

Elle exclut le pays réel au profit d’un club de légitimités parallèles. Elle transforme l’occupation en ticket d’entrée. Elle fait de la guerre non un crime à isoler, mais un argument pour s’inviter.

Un État agressé qui refuse cela ne « ferme » pas le dialogue. Il refuse de signer l’acte de décès de la distinction élémentaire entre opposition politique et entreprise militaire étrangère.

La C64 présente cette distinction comme une exclusion.

C’est le contraire : c’est le dernier verrou avant que le vocabulaire démocratique ne serve à blanchir un fait d’armes.

La cinquième colonne n’a pas besoin d’uniforme

Nul besoin d’imaginer un état-major unique, un câble de Kigali vers un salon de Kinshasa, une preuve notariale de collusion. La politique produit parfois des effets plus clairs que les organigrammes.

Une force qui, dans un pays occupé sur un flanc, priorise la démission du commandement civil, menace la désobéissance, relance le combat de rue et exige à la table ceux qui tiennent déjà le terrain — cette force n’a pas à tirer un coup de feu pour servir objectivement la fragmentation.

La C64 se présente comme opposition radicale non armée. Le « non armé» est le costume.

Le projet, lui, est le rapport de force intramuros : sit-in, ville morte, marche vers le Palais, ultimatum, « conséquences politiques », désobéissance civile « si les choses tournent mal ».

On ne parle plus d’amendement, de contre-projet, de commission, de vote. On parle d’asphyxie de la capitale pendant que l’Est est déjà asphyxié.

C’est cela, le visage contemporain d’une cinquième colonne politique : non pas forcément l’agent déclaré de l’ennemi, mais le relais interne qui, au moment où la nation devrait resserrer le centre, ouvre un second front sur le régime, le serment, la Constitution, le calendrier 2028 — et offre à l’agression le cadeau le plus précieux qui soit :

la preuve que Kinshasa est trop occupée à se déchirer pour faire corps.

Certaines voix ont déjà employé les mots « tête de pont», « cheval de Troie», « solde du Rwanda ». Le registre est partisan, et il faut le dire. Mais le soupçon ne naît pas de rien.

Il naît d’une séquence visible : même exigence d’inclusivité pour Nangaa, même refus du cadrage souverain, même fuite vers la rue dès que le pouvoir refuse de transformer l’occupation en statut politique. Quand les intérêts s’alignent trop proprement, l’observateur n’a pas besoin d’un tribunal pour nommer le tropisme.

LES CONTRADICTIONS NE SONT PLUS DES MALADRESSES. ELLES SONT LE MOTEUR

Comptez-les, elles s’enchaînent comme une mécanique.

1. Ils invoquent l’urgence de la guerreet refusent le seul processus intra-congolais, limité dans le temps, qui sépare précisément la guerre du marchandage politique.

2. Ils parlent au nom du peupleet rejettent le départ provincial du dialogue, c’est-à-dire le seul dispositif qui oblige l’élite à entendre autre chose que ses propres communiqués.

3. Ils brandissent les 754 jours restant avant 2028 — donc ils reconnaissent qu’un mandat existe — tout en ayant bâti leur naissance, en mai, sur la démission immédiate pour « trahison du serment», avec une « plainte » avec ce contenu jamais déposée…

4. Ils disent défendre l’article 220 et l’intégrité territoriale — et veulent à la table ceux dont le levier concret, aujourd’hui, est précisément l’amputation territoriale.

5. Ils s’appellent au nom de l’ art. 64 de la Constitution, dont ils ne citent jamais le deuxième alinéa qui dit « Toute tentative de renversement du régime constitutionnel constitue une infraction imprescriptible contre la nation et l’État. Elle est punie conformément à la loi », sans parler de l’art 63 de la Constitution qu’ils disent défendre, qui dit ceci : « Tout Congolais a le droit et le devoir sacré de défendre le pays et son intégrité territoriale face à une menace ou à une agression extérieure. Un service militaire obligatoire peut être instauré dans les conditions fixées par la loi.Toute autorité nationale, provinciale, locale et coutumière a le devoir de sauvegarder l’unité de la République et l’intégrité de son territoire, sous peine de haute trahison ».

6. Ils accusent Tshisekedi de faire de la guerre un « fonds de commerce » — alors qu’eux-mêmes font de la Constitution le seul sujet, et de la marche le seul remède, comme si Goma attendait un cortège à Kinshasa pour cesser d’être administrée par d’autres, pillée et endeuillée tous les jours…

7. Ils avaient promis d’être disponibles pour un dialogue « véritable ». Le test de vérité arrive. Ils le recadrent en procès d’intention. Si Tshisekedi refuse de parler, il est fermé. S’il parle sans capituler d’abord, il est manœuvrier. Aucune offre réelle ne peut réussir cet examen. C’est la définition d’une mauvaise foi stratégique : le dialogue n’était pas un horizon. C’était un piège tendu à l’exécutif, destiné à éclater dès qu’il cesserait d’être une arme contre lui.

L’extrémisme de la C64 n’est pas seulement le ton — « non catégorique », « le Congo n’appartient pas à Tshisekedi », « la République ne sera pas sacrifiée ».

Il est dans leur théorie de l’État.

Théorie de la vacance anticipée : un président encore dans les délais de son second mandat devient hors-la-loi dès qu’il ouvre un débat référendaire. L’intention suffit. Le forfait est moral avant d’être juridique. Dans un pays en guerre, cette lecture n’est pas du constitutionnalisme. C’est une entreprise de délégitimation du commandement au moment où le commandement est un bien stratégique.

Théorie de la rue comme souverain : l’article 64, détaché de son esprit, devient permis de harcèlement permanent des institutions. La manifestation n’est plus un droit. Elle est le gouvernement de substitution.

Théorie de l’inclusivité armée : la légitimité s’acquiert aussi par le contrôle du sol. C’est la grammaire des années 1998-2003, recyclée en 2026 sous le vernis du « dialogue inclusif ». On ne discute plus avec des citoyens. On négocie avec des faits accomplis.

Un pays agressé peut porter le débat constitutionnel. Il peut même le porter durement. Ce qu’il ne peut pas, sans se trahir, c’est laisser ce débat servir de levier à ceux qui occupent déjà une partie de la carte. Mélanger les deux dossiers — gouvernance interne et agression — n’est pas de l’analyse. C’est le mode d’emploi hégémonique d’une puissance étrangère.

LE COURAGE EST DE CE CÔTÉ-CI DE LA TABLE

Il faut le dire sans emphase de palais. Ouvrir un dialogue national pendant que des forces étrangères et leurs relais tiennent des villes, n’est pas une faiblesse. C’est une tentative de sauver la grammaire de l’État : on parle aux Congolais ; on ne parlementarise pas l’occupation.

La C64 avait le droit de siéger sous réserve, d’exiger des garanties de décrispation, de documenter tout détournement du processus vers une révision constitutionnelle, de quitter la salle si le piège se fermait. Elle a choisi le refus total et le bitume. Dans un pays agressé, ce n’est plus de l’intransigeance démocratique. C’est une grève de la souveraineté partagée, au moment où cette souveraineté est déjà amputée sur le terrain.

Le paradoxe est presque trop net pour être innocent. Ceux qui parlent le plus fort de « sauver la République » viennent de refuser l’instrument qu’ils avaient eux-mêmes brandi — dès lors qu’il commençait par le peuple des provinces et s’arrêtait au seuil des fusils. Ils appellent cela l’inclusivité.

Le pays, lui, peut y lire autre chose : une opposition radicalisée qui a cessé de se penser comme alternative de gouvernement,pour se penser comme front intérieur. Non armée, dit-elle. Mais clairement tournée vers le combat de rue.

Et curieusement disponible pour ceux qui, à l’Est, n’ont plus besoin de se prétendre « désarmés ».

Eugène Diomi Ndongala,

Démocratie Chrétienne, DC