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DEUX MARCHES, DEUX CONGOS

En une semaine, le 15 et 22 septembre, Kinshasa a joué deux fois la même scène et obtenu deux verdicts opposés. La leçon est simple, et l’opposition radicalisée refuse de l’entendre : sans ligne claire contre l’occupation de l’Est, elle marchera toujours seule.

Le peuple congolais peut pardonner beaucoup à ceux qui gouvernent. Il ne pardonne pas à ceux qui minimisent la guerre. C’est tout le sens des deux marches qui ont encadré la semaine.

Le 15 septembre, la C64 a voulu faire de Kinshasa le théâtre du refus.

Refus du dialogue, du référendum, refus du troisième mandat, refus d’un président désigné comme le danger numéro un. Le cortège est parti. Il n’est jamais arrivé. Gaz, heurts, un militant mort selon l’opposition, les jeunes de la Force du progrès sur le parcours, des arrestations en province. Quarante-huit heures plus tard, le communiqué tombe : « légitime défense », appel à la communauté internationale, Tshisekedi tenu pour responsable de tout. La rue n’avait pas suivi. Restait le martyre.

Kinshasa, 22/09/2026, marche de l’Udps

Le 22 septembre, l’UDPS a repris le même décor et l’a retourné. Limete, encore. Le boulevard est ouvert, la police encadre, Kabuya marche en tête. Lubumbashi, Matadi, Kananga, Kindu répondent. Une mobilisation massive : un appareil qui tient. Et sur le podium, le secrétaire général ne se contente plus de « soutenir ». Il lance au Chef de l’État : le moment est venu de changer la Constitution et passer à la quatrième république.

Deux marches, sept jours d’écart, deux Congos mis en scène.

Entre ces deux dates, le pays réel n’a pas avancé d’un mètre vers le Palais du Peuple. Il est resté à l’Est. Le 21 septembre, Amnesty International a de nouveau nommé – dans son dernier rapport sur la RDC – l’agression pour ce qu’elle est : les mines de Rubaya et de Lomera, des creuseurs battus ou abattus, l’or et le coltan qui filent vers le Rwanda, de possibles crimes de guerre. Voilà le fond. Voilà ce que le Congolais ordinaire porte en tête quand on lui demande de descendre. Pas un article de la Constitution. Une frontière violée, une ville prise, un sous-sol emporté, la dignité de tout un pays en jeu.

C’est là que l’opposition radicale a perdu le peuple. Et c’est là qu’elle continuera de le perdre.

Elle a cru qu’il suffisait d’additionner un Fayulu flottant, un Katumbi exilé, un Kabund transfuge, un Matata fugitif et un Sesanga qui revendique encore sa « lutte armée » pour fabriquer une majorité dans la rue.

Mais une coalition de présidents n’est pas un peuple. C’est un communiqué. Le 15 septembre l’a prouvé : trop de têtes, pas assez de quartiers et de rues ; trop de directs sur les réseaux, pas assez de risque partagé. Et quand la marche casse, on n’élargit pas, on analyse pas — on accuse. On internationalise. On brandit l’article 64 comme un permis de guerre civile verbale. On s’auto- proclame victime, donc légitime…

Le pays, lui, entend tout autre chose : pendant que Goma et les mines congolaises saignent, les fosses communes et les enfants congolais déscolarisés à l’Est demandent justice, les radicalisés parlent d’abord de mandat…

Minimiser l’agression, ce n’est pas forcément la nier. C’est la classer à la deuxième place dans la hiérarchie des priorités.

C’est faire de Doha une « distraction », du dialogue un piège, de Kabila un saint, de Tshisekedi l’urgence et de Kigali un simple décor. C’est laisser prospérer l’ambiguïté avec ceux qui, eux, ont pris les armes : Kabila sanctionné pour l’AFC/M23, un appel incostitutionnel à « dialoguer avec tout le monde » — rébellion comprise.

On pourrait refuser l’équation grossière « C64 = M23 » que certains voix critiques ont allegué. On ne peut pas refuser le constat politique : dès que l’opposition civile laisse poreuse la frontière avec l’opposition armée, le Congolais patriote décroche.

Il ne risquera pas la rue pour une cause qu’il soupçonne de servir, même par omission, ceux qui occupent son sol.

La réaction des Kinois face à l’énième agression de 1998, devrait rappeler quelques chose…

Qu’on s’entende bien : le 22 septembre, avec ses foules incontestables, n’efface aucune faiblesse de gouvernance — indiscipline budgétaire, corruption, manque de coordination de l’ action du gouvernement... Mais un peuple en guerre ne raisonne pas comme un séminaire truqué de droit constitutionnel.

Il hiérarchise. Il peut pardonner beaucoup à un régime pourvu qu’il voie en lui une ligne cohérente : aucune concession sur l’intégrité du territoire, aucune légitimité offerte à l’agresseur, aucune confusion entre dialogue et capitulation.

C’est le pacte implicite du moment congolais.

Pas un chèque en blanc : un échange rude. Vous tenez l’Est, nous tenons la rue. Vous flanchez face à Kigali, le crédit s’évapore.

Vous défendez sans trembler les intérêts de la République, et le pays accepte de différer – ou oublier – le règlement de comptes intérieur.

Le 22 septembre, c’est cela — le refus de livrer Kinshasa à une opposition jugée déconnectée, bruyante et stratégiquement hors sujet.

Une opposition radicalisé – je l’ai déjà souligné dans le passé – ne mobilisera jamais tant qu’elle ne parlera qu’à elle-même.

Tant qu’elle prendra la colère des réseaux pour une armée de militants.

Tant qu’elle traitera l’agression comme un levier contre le président plutôt que comme un crime contre la nation.

Le 15 a montré son plafond. Le 22 a montré le plancher du pouvoir. Entre les deux, le peuple n’a pas choisi un saint contre un démon :

il a choisi un camp dans une guerre.

Celui qui, à ses yeux, ne négocie pas la souveraineté.

Le vrai test n’est donc plus de savoir qui réussit le plus beau direct. Il est de savoir qui accepte cette hiérarchie.

Si l’UDPS transforme le boulevard ouvert en plébiscite et oublie l’Est, elle brisera le pacte que le peuple a manifestement conclu avec elle.

Si la C64 continue de crier au putsch pendant que le M23 pille pour le Rwanda, elle restera une opposition de plateau de-légitimée.

Le Congo n’attend pas des faux martyrs mais une défense claire du pays et de ses intérêts fondamentaux. Il attend une ligne.

Celle qui dit, sans trembler :

le Congo d’abord!

Eugène Diomi Ndongala,

Démocratie Chrétienne, DC

Les Patriotes

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