CONSEIL DES MINISTRES : QUAND LE PRESIDENT REPETE L’INSTRUCTION, ET QUE RIEN NE BOUGE
Chaque vendredi – et maintenant chaque 15 jours – à la Cité de l’Union africaine, le chef de l’État donne des instructions. Mois après mois, les mêmes dossiers reviennent sur la table, avec les mêmes mots, les mêmes délais… et les mêmes résultats. Retour sur un phénomène qui devrait inquiéter tous les Congolais.

Le 25 septembre 2026, lors du 99ᵉ Conseil des ministres, Félix Tshisekedi a de nouveau posé le doigt sur la plaie. Le climat des affaires ne s’améliore pas, parce que les réformes décidées ne sont pas exécutées. Le chef de l’État a réclamé le lancement du Baromètre national du climat des affaires 2026 et l’accélération des assignations confiées aux ministres. Il a aussi fixé des délais : trente jours pour que les rapports arrivent en Conseil, en distinguant les avancées, les actions en cours et les blocages, puis trois mois pour l’identifiant unique des entreprises.
Le décor, lui, n’a pas changé depuis 2023. Le 6 juin de cette année-là, la première enquête du Baromètre, menée auprès de 403 entreprises, attribuait au pays un score de satisfaction de 37 %. Deux ans plus tard, au lancement du Plan stratégique climat des affaires, le patronat congolais constatait que ce score préoccupant n’avait connu aucune avancée significative. Le président de la FEC posait alors une question qui résonne encore : « Sommes-nous sur la voie du progrès ou avons-nous régressé ? »
Ce dossier n’est pas une exception. C’est un symptôme.

La masse salariale : trois alertes du FMI, trois instructions de la Présidence, trois audits un même mur
Le 28 juin 2024, le président demande au gouvernement de concevoir une politique salariale plus juste et soutenable. Il charge aussi l’Inspection générale des finances d’auditer l’état liquidatif, afin d’extirper les dépenses irrégulières qui gonflent la paie . Le ministre de la Fonction publique promet alors que l’argent pour doubler, voire tripler les salaires, viendra de cette opération de contrôle des effectifs.
Vingt mois plus tard, le 20 février 2026 (79ᵉ réunion), le même audit est de nouveau ordonné. Entre-temps, le FMI a tiré la sonnette d’alarme : il parle d’une « dérive » de la masse salariale devenue un risque budgétaire majeur, et le CREFDL estime qu’elle a encore augmenté de 11 % en 2026. La Première ministre dispose de trente jours pour rendre ses conclusions. Pendant ce temps, les fonctionnaires subissent des retards de salaire, que le gouvernement lui-même attribue à une tension sur la trésorerie et au poids grandissant de la masse salariale.
Fin mai 2026, au 90ᵉ Conseil, le sujet revient encore, cette fois à travers les agents certifiés mais jamais mécanisés. Trois rappels en deux ans pour un même chantier.
Le train de vie des institutions : « l’éternelle promesse »
C’est sans doute le dossier le plus emblématique de cette répétition. Le 12 août 2022 (64ᵉ réunion), le président affirme que la rationalisation des dépenses passe impérativement par la réduction du train de vie des institutions publiques. Quelques jours plus tard,
titre sur « l’éternelle promesse » et note que depuis rien ou presque n’a été fait.
Le 31 janvier 2025 (30ᵉ réunion), la guerre dans l’Est donne une urgence nouvelle à l’exigence. Le président réclame, dans les 72 heures, des mesures rigoureuses de réduction de train de vie consistant en des coupes, par palier, sur la Présidence, le Parlement, le Gouvernement, la justice et les institutions d’appui à la démocratie.
Le 13 mars 2026 (82ᵉ réunion), le thème réapparaît sous une autre forme : le chef de l’État appelle à un encadrement plus strict de la multiplication des fonds, commissions, cellules et autres structures publiques. En quatre ans, le vocabulaire a changé. Le problème, lui, est resté. D’autant plus que dans le nouveau budget 2027, rien n’est fait pour reduire le trin de vie des institutions…
Les 53 institutions que personne n’évalue
Pendant le premier quinquennat, 53 nouvelles institutions ont été créées. Le président avait exigé une évaluation « rigoureuse » de ces structures. Cet exercice devait aboutir soit à la suppression de certaines, soit à leur reconfiguration, mais l’instruction peine encore à être mise en œuvre.
La dépense publique hors des règles
Le 14 août 2020 (44ᵉ réunion), le constat est brutal : les dépenses en mode d’urgence représentent 37 % des dépenses totales hors rémunérations. Le ministre des Finances reçoit l’ordre de stopper les paiements hors chaîne.
Cinq ans plus tard, le 12 septembre 2025 (58ᵉ réunion), le président demande encore aux ministres un sursaut, car des rapports lui signalent la lenteur persistante qui continue d’affecter la chaîne de la dépense.
Tracasseries : l’État contre ses propres opérateurs
En juillet 2025 (52ᵉ réunion), le président ordonne de ne garder aux frontières que les services indispensables, face à des tracasseries multiformes exercées en dehors de tout cadre légal. Un an plus tard, en juillet 2026 (94ᵉ réunion), c’est le harcèlement fiscal qu’il faut dénoncer. Le rappel à l’ordre vise l’Économie, les Finances, les Mines, ainsi que la DGI, la DGDA, la DGRAD et les structures parafiscales. Il faut dire qu’on constate même une tendance malheureuse selon laquelle les bourgmestres s’autoproclament contrôleurs de impôts et taxes, même de celles qui ne relèvent pas de leur compétence : une enième derive qui étrangle les opérateurs économiques.
Même sur la route
Le symbole est presque dérisoire, mais parlant. Le 6 mai 2026, en conférence de presse, le président menace de révoquer les ministres qui roulent à contresens. Sa phrase dit tout : « J’ai déjà fait cette communication en Conseil des ministres ».
Le président l’a dit lui-même
Fin février 2026, à la 80ᵉ réunion, le chef de l’État a fini par nommer le mal.
Certaines instructions présidentielles, malgré la succession des gouvernements, sont restées lettre morte ou n’ont reçu aucune réponse probante. Il a demandé à la Première ministre un inventaire exhaustif et documenté de l’ensemble des instructions émises en Conseil des ministres. Sept mois plus tard, l’opinion n’en connaît toujours pas le contenu. Les audits restent inconnus et les problèmes irrésolus.
La leçon : une parole présidentielle qui s’use
Le gouvernement invoquera des circonstances réelles : la guerre dans l’Est, les tensions de trésorerie, les dépenses humanitaires. Elles pèsent, c’est vrai. Mais elles n’expliquent pas pourquoi l’évaluation d’institutions, l’audit d’une paie ou la suppression de tracasseries restent au point mort depuis des années. Ces chantiers ne coûtent presque rien. Ils rapportent même.
Le vrai problème n’est pas le diagnostic. Il est posé, reposé et publié chaque vendredi. Le problème, c’est que les échéances expirent sans conséquence. Quand un délai de trente jours tombe sans rapport, sans sanction et sans explication, l’administration en tire une conclusion simple : l’instruction peut attendre. Chaque répétition affaiblit alors un peu plus la suivante. Une parole présidentielle qui se répète sans être suivie d’effet cesse d’être un ordre et devient un vœu.
L’enjeu dépasse la gestion administrative. Il touche la crédibilité de l’État auprès des fonctionnaires impayés, des investisseurs qu’on veut attirer, des bailleurs dont on attend l’appui et des citoyens qui ont voté pour un programme. La réponse ne viendra pas d’une énième injonction. Elle viendra de trois gestes concrets.
Il faut publier l’inventaire promis en février.
Il faut un tableau de bord public des instructions, avec leurs dates, leurs responsables et leur état d’exécution.
Et il faut des sanctions visibles – à tous les niveaux – quand les délais ne sont pas tenus.
Sans cela, le prochain compte rendu du vendredi ressemblera au précédent : malgré les diagnostics, les maux ne sont pas soignés !
Eugène Diomi Ndongala,
Démocratie Chrétienne, DC,
Les Patriotes






