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NI FIGUE, NI RAISIN : KAMERHE ET L’ART DE NE RIEN NOMMER, SURTOUT PAS L’AGRESSION DE LA RDC

En 2009, il rompait avec Kabila sur la présence des troupes rwandaises. En 2026, face au même scénario, Vital Kamerhe se tait, en se cachant derrière la contradiction d’un prétendu récit de paix de Joseph Kabila qu’il oppose à ses actes ; le problème est que « les paroles de paix d’alias Kabila » n’ont jamais existé !

Ni figue, ni raisin. Mais il y a pire que la tiédeur: il y a le silence calculé.

La déclaration de Vital Kamerhe sur la création du Front pour la Refondation de la Nation (FRN) et le basculement de Joseph Kabila à Goma en tant que chef d’une rébellion de proxy est un texte moralisateur. Il a tout d’une condamnation, sauf l’essentiel.

Il ne nomme ni l’agresseur, ni la nature de la guerre, ni ce que Kabila est réellement devenu. Assez critique pour ne pas paraître complaisant, assez prudent pour ne fâcher personne.

Le contexte est connu. Le 12 octobre 2026, Joseph Kabila, ancien président de la République, prend la tête d’un qui succède à l’AFC/M23, aux côtés de Corneille Nangaa, Bertrand Bisimwa et Sultani Makenga. Il le fait à Goma, ville occupée par ces forces et celles rwandaises depuis janvier 2025. Le FRN/M23 revendique le droit d’agir « par tous les moyens, y compris la force » contre ce qu’il appelle la « tyrannie » de Kinshasa. Face à un tel événement, on attendait du président de l’UNC, allié de Félix Tshisekedi, une parole claire. On a eu droit, à la place, une parole édulcorée.

LES MOTS INTERDITS

Relisez la déclaration de Kamerhe. Vous n’y trouverez jamais les mots « Rwanda », « rwandais », « RDF », « Kagame » ou « agression ». Pas une seule fois. À la place : « rébellion », « forces qui combattent les institutions », « aventure armée », « cycle interminable de conflits suivis de dialogues ».

On dirait le vocabulaire d’une querelle de famille entre Congolais qui se disputent vaguement le pouvoir, entre eux…

Ce choix de mots n’est pas une maladresse. C’est une position. Car ce cadrage reprend, presque mot pour mot, le récit que Kigali et ses supplétifs martèlent depuis des années : un problème congolais, des frustrations congolaises, des rébellions congolaises. Les faits disent autre chose. Le FRN/M23 naît dans une ville sous contrôle du M23 et surtout des RDF. Les rapports successifs du Groupe d’experts des Nations unies documentent le soutien militaire et logistique rwandais à cette rébellion. La majorité congolaise, à laquelle Kamerhe appartient politiquement, le dénonce. Kabila lui-même a été condamné par contumace en 2025 pour trahison et complicité avec le M23.

Quand on dirige un parti qui se dit « premier allié du Président Tshisekedi », se taire sur l’agression de la RDC n’est pas de la retenue. C’est un renoncement.

KAMERHE CONTRE KAMERHE

L’ironie est cruelle. En 2009, c’est précisément sur la question de la présence des troupes rwandaises au Nord-Kivu que Vital Kamerhe avait rompu publiquement avec Joseph Kabila, au point de quitter la présidence de l’Assemblée nationale. Il en avait fait une affaire de principe, un marqueur de souveraineté.

Dix-sept ans plus tard, les mêmes dynamiques sont à l’œuvre, en pire : ce n’est plus une opération conjointe négociée en coulisses, c’est un ancien chef de l’État qui s’installe dans une ville occupée pour y diriger une coalition armée contre son propre pays. Et l’homme de 2009 se tait. Faut-il comprendre que la souveraineté nationale était une conviction en 2009 et n’est plus qu’un sujet encombrant en 2026 ?

L’INVENTION DES « PAROLES DE PAIX » de Kabila

L’argument critique central de Kamerhe repose sur une opposition commode : Kabila aurait prêché la paix le 9 octobre, avant de prendre les armes le 12. « Vous appelez à la paix dans vos discours, vous appelez à la rébellion dans vos actes. Le peuple vous jugera sur vos actes».

La formule sonne bien. Malheureusement elle est fausse.

Le discours du 9 octobre, intitulé « Le pays est en péril, ne pas agir c’est être complice », n’avait rien d’un appel à la paix. C’était un réquisitoire agressif contre Félix Tshisekedi : accusations de dictature, comparaison avec « Ivan le Terrible », critique de la conduite de la guerre, non-respect du cessez-le-feu de Doha, collusion supposée avec les Wazalendo et les FDLR et même les ADF !. Kabila n’y nommait ni le M23 ni le Rwanda, et appelait le peuple à « prendre en charge » son destin. Trois jours plus tard, il prenait la tête d’une structure qui revendique le recours à la force, en alliance objective avec les Rwanda et ses 18.000 hommes de troupes déployés à l’ Est de la RDC.

Il n’y a donc pas eu de contradiction entre la paix et la guerre. Il y a eu une préparation politique, puis un passage à l’acte parfaitement cohérent. En inventant des « paroles de paix » qui n’ont jamais été prononcées, Kamerhe se fabrique un contraste moral confortable et très superficiel. Il peut ainsi reprocher à Kabila son hypocrisie, sans jamais avoir à dire ce qu’il est devenu : un ancien président passé du côté d’une coalition armée adossée à une puissance étrangère. Cela ne semble pas l’émouvoir, surtout qu’on parle de terres occupées qui constituent son fief électoral…

L’héritage de 2006

Cette prudence a une mémoire. En 2006, Vital Kamerhe publiait « Pourquoi j’ai choisi Joseph Kabila ». Secrétaire général du PPRD et directeur de campagne, il célébrait alors le « sens du devoir », l’« humilité » et la « sagesse » de son candidat. Il a contribué à le faire élire et à lui donner sa légitimité politique.

Aujourd’hui, il lui reproche – avec moderation – ses dix-huit ans de bilan : « On n’efface pas son propre bilan en accusant son successeur. » La remarque semblerait juste. Mais elle vaut aussi pour son auteur. On n’efface pas non plus sa propre part dans la construction politique de Kabila en se contentant de le critiquer à demi-mot. Celui qui a aidé à bâtir l’homme a une responsabilité particulière : dire clairement ce qu’il est devenu, et au service de qui devrait être sa première responsabilité personnelle.

Un discours-paravent

Kamerhe réaffirme son soutien à Félix Tshisekedi, rappelle le coût humain des guerres (familles endeuillées, enfants privés d’école, populations déplacées) et rejette les armes comme voie d’accès au pouvoir. Ces principes sont justes. Mais ici, ils servent de paravent.

Ils permettent de se ranger du côté de l’ordre constitutionnel et du dialogue, tout en contournant la seule question qui compte : qui arme, qui finance, qui commande la guerre à l’Est ?

On a changé l’étiquette (de AFC à FRN), tout en maintenant un contenu, avec la volonté claire de mettre en premier plan un prétendu conflit interne, alors que le vrai problème est situé dans le dessein hégémonique du Rwanda sur la RDC depuis 30 ans !

Car on ne peut gagner pas une guerre qu’on refuse de nommer correctement.

Chaque fois qu’un responsable réduit l’agression à une « rébellion » interne, il affaiblit la position diplomatique du Congo et offre à Kigali l’argument dont il a besoin pour éterniser sa présence en RDCongo. Après tout, il ne fait que renforcer le récit de l’ennemi.

Alors posons les questions simplement. Monsieur Kamerhe, qui soutient le M23 ? Qui contrôle Goma et Bukavu ? Pourquoi le mot « Rwanda » vous était-il indispensable en 2009 et impossible à prononcer en 2026 ? Pourquoi avez-vous imaginé des mots de paix qui n’ont jamais été prononcées ?

Tant qu’il n’y répondra pas, sa déclaration restera ce qu’elle est : une condamnation de façade, qui protège davantage les équilibres instables et opportunistes de son auteur que la souveraineté du pays.

Ni figue, ni raisin. Et pendant ce temps, à l’Est, la guerre continue de porter un nom que certains préfèrent taire : celui d’une guerre d’agression.

Eugène Diomi Ndongala,

Démocratie Chrétienne, DC,

Les Patriotes