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LE PRESIDENT DU BURUNDI ET UA, MET LE DOIGT SUR LA PLAIE:« PAS DE PAIX EN RDC SANS RETRAIT DES RDF»

À New York, Évariste Ndayishimiye a résumé en une phrase une réalité militaire brutale: tant que l’armée rwandaise reste au contact sur les lignes de front congolaises, aucun cessez-le-feu ne peut tenir.

« Si on veut la paix au Congo, le Rwanda doit se montrer positif sur le désengagement de ses troupes de la RDC »

La formule est diplomatique. Son contenu ne l’est pas. Ndayishimiye ne parle pas en arbitre, mais en voisin qui a vu le feu avancer jusqu’à sa porte. Il dit que la paix au Kivu dépend d’un préalable, le départ des Forces rwandaises de défense (RDF) du territoire congolais. Tant qu’il n’a pas lieu, les accords, les médiations et les communiqués restent des textes sans prise sur le terrain.

Ce n’est pas un slogan. C’est une lecture militaire du terrain, et elle résiste à n’importe quel examen.

Un cessez-le-feu exige une distance, pas une signature.

Sur le terrain, un cessez-le-feu n’est pas d’abord un document. C’est une séparation physique des forces. Des troupes qui reculent, des zones tampons, des lignes identifiables que des observateurs peuvent vérifier. Sans distance, il n’y a pas de trêve. Il y a seulement des armées qui se regardent à portée de tir en attendant l’incident.

C’est exactement la situation que crée la présence des RDF.

Selon le diagnostic que reprend Gitega, l’armée rwandaise n’est pas stationnée en retrait, dans une posture défensive près de sa frontière. Elle est engagée sur la ligne de contact, imbriquée dans le dispositif de l’AFC/M23, sur des fronts qui ont déjà englouti Goma et Bukavu avant de menacer Uvira et la plaine de la Ruzizi.

Elle tient des positions, appuie des manœuvres, verrouille des axes.

Dans ces conditions, le cessez-le-feu n’est pas violé par accident. Il est impossible par construction. Deux forces au contact, sans séparation, produisent mécaniquement des accrochages. Chaque accrochage appelle une riposte, et chaque riposte justifie une avancée.

La trêve devient un simple intervalle entre deux mouvements.

La vérification s’effondre quand une armée n’existe pas officiellement.

Le problème ne se limite pas à la proximité des lignes. Tout mécanisme de cessez-le-feu, qu’il vienne de Doha, de Washington ou de l’Union africaine, repose sur une condition simple : savoir qui tient quoi. Il faut pouvoir identifier chaque force présente, lui attribuer une zone, et exiger d’elle un recul mesurable.

Or l’une des armées présentes sur le front nie officiellement s’y trouver, ou range sa présence dans la catégorie floue des « mesures de défense ». Une force qui n’existe pas dans les documents ne peut pas être contrainte à reculer. Personne ne peut lui imputer un tir ni lui assigner une ligne de désengagement.

Les FARDC accusent le M23, et le M23 accuse les FARDC. Tant qu’une armée nationale étrangère reste encastrée dans l’un des deux camps sans être reconnue comme partie au dispositif, la chaîne de commandement reste opaque. On ne sait plus qui ordonne le tir, ni qui a le pouvoir d’arrêter une colonne. Le mécanisme de vérification photographie un front dont une partie des acteurs est invisible. Ce n’est pas une surveillance du cessez-le-feu. C’est une surveillance de sa façade.

Le piège de la simultanéité.

Sur le papier, les accords lient deux processus : la neutralisation des FDLR côté congolais, et la levée des mesures défensives côté rwandais. Cette simultanéité a l’air équilibrée. Sur le terrain, elle fonctionne comme un verrou.

Kinshasa doit neutraliser un groupe armé dont plusieurs zones d’activité historiques se trouvent aujourd’hui dans des territoires contrôlés par l’AFC/M23. Cela a été prouvé et confirmé. On exige de l’État congolais un résultat militaire sur un terrain qui lui a été retiré. Pendant ce temps, les RDF restent en place au motif que la menace n’est pas levée.

La boucle se ferme d’elle-même : on ne désengage pas parce que la menace demeure, et la menace demeure parce qu’on ne désengage pas.

On dirait presque une farce, s’il n y avait pas des millions de morts comme victimes innocentes de cette mauvaise fois manifeste du Rwanda.

C’est pourquoi Ndayishimiye inverse la séquence. D’abord éloigner les RDF de la ligne de contact. Ensuite seulement parler de consolidation du cessez-le-feu et de traitement des groupes armés.

L’ordre inverse revient à accorder à Kigali un droit de veto permanent sur la paix. Et manifestement Kigali a trop à gagner de la guerre pour vouloir la paix.

Les FDLR, excuse devenue un argument infalsifiable.

Les FDLR existent mais le groupe est résiduel par rapport à sa puissance des années 2000, et il est devenu le prétexte universel de la politique agressive rwandaise, alors qu’il ne constitue plus une menace depuis plus d’un quart de siècle. Il justifie à la fois la présence militaire, le refus d’un calendrier de retrait, et le rejet du protocole signé en juillet entre Kinshasa et les FDLR, que Kigali a qualifié de « non-événement ».

C’est là que l’argument perd sa force. Si les FDLR justifient une armée étrangère en RDC, alors aucun progrès ne suffira jamais. Le rapatriement de 120 personnes liées au groupe avec l’appui de la MONUSCO le 8 septembre sera jugé insuffisant, tout comme un protocole de désarmement et de cantonnement, ou une baisse d’activité objective dans une zone donnée.

Un argument de sécurité qu’aucun résultat ne peut satisfaire n’est plus un argument de sécurité. Il devient une justification prétexteuse d’occupation territoriale.

Ndayishimiye a d’ailleurs proposé un test simple. Il dit avoir demandé à Kagame des renseignements précis sur les positions FDLR, en s’engageant à frapper si elles lui étaient transmises. Si la menace est réelle et localisable, elle se combat. Si elle sert surtout à expliquer pourquoi les troupes ne partent pas, elle n’est plus une cible. Elle est un alibi.

Le président du Rwanda n’a jamais voulu communiquer ces positions. D’où l’accusation la plus lourde de l’entretien de la part du président en exercice de l’UA : les autorités rwandaises « ne sont pas honnêtes », et un « agenda caché » se cache derrière le discours sécuritaire.

Ce que produit, concrètement, l’occupation du territoire congolais et l’exploitation, par le Rwanda, de nos richesses naturelles

Les effets ne sont pas théoriques. Ils se lisent sur le terrain.

L’autorité de l’État congolais ne revient pas. Tant que l’armée rwandaise reste dans l’équation, l’administration parallèle de l’AFC/M23 n’est pas une anomalie provisoire. C’est un ordre politique adossé à une profondeur stratégique. Le cessez-le-feu, au lieu de rouvrir la voie à Kinshasa, fige la partition.

Les civils continuent de fuir. Fizi, Uvira, Walungu, Kalehe, Masisi : les chiffres d’OCHA ne décrivent pas un conflit qui s’éteint, mais un conflit qui se déplace. Une trêve qui laisse les RDF au contact n’arrête pas les colonnes. Elle les redistribue.

La guerre se régionalise. Le Burundi garde ses troupes en RDC parce qu’il lit l’avancée vers le Sud-Kivu comme une menace directe contre sa propre frontière, et Ndayishimiye affirme que la menace d’une attaque rwandaise contre son pays « existe encore ». Kigali garde les siennes en invoquant la menace inverse. Chaque présence justifie l’autre.

Mais dans l’argumentaire burundais, l’origine du nœud n’est pas symétrique :

c’est l’entrée et le maintien des RDF qui ont transformé une crise congolaise en confrontation régionale. Dénouer ce nœud commence donc par là.

La diplomatie, enfin, tourne à vide. Washington, Doha, l’UA, Genève : les communiqués s’accumulent, les ambassades rouvrent (celle de la Belgique à Kigali), les poignées de main se multiplient. Aucun de ces gestes ne vaut un kilomètre de désengagement réel des troupes occupantes.

La paix est une géographie

Débarrassée de sa forme diplomatique, la phrase de Ndayishimiye dit une chose simple.

La paix ne se lie pas sur un document mais sur une carte. Tant que l’armée rwandaise occupe une partie de cette carte, au contact direct des forces congolaises, le cessez-le-feu reste une fiction utile aux capitales et inutile aux civils.

Un geste « positif », dans cette logique, que le président du Burundi demande à Kagame ne se mesure pas à New York. Il se mesure sur le terrain, par un recul visible et vérifiable des RDF hors des lignes de front.

C’est la seule condition qui rend possibles toutes les autres : la séparation des forces sur le terrain, la vérification, le retour de l’État, le traitement réel des groupes armés. Sans elle, il n’y a pas de cessez-le-feu à consolider, ni de groupes armés totalement neutralisés.

Il y a seulement une guerre qui continue.

Personnellement, je partage totalement cette vision qui est à la base de la promesse de paix qui ne se réalise pas.

Eugène Diomi Ndongala,

Démocratie Chrétienne, DC

Les Patriotes

Dans une interview exclusive sur France 24, le président du Burundi et en exercice de l’UA se prononce sur le refus des RDF de se retirer de la RDCongo