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MANASSE LOMBOTO : LE RECIT D’UN ASSASSINAT QUI PEINE A CONVAINCRE

Absence de traces de violence selon RFI, images hospitalières contradictoires, famille biologique inventée alors que la vraie refuse l’instrumentalisation politique et annonces de morts jamais confirmées : derrière le drame affiché, une nécrologie de la communication face à des mobilisations populaires sans masse critique.

Le 15 septembre 2026, Manassé Lomboto Lomengola, cadre de l’ADD Congo et proche de Prince Epenge, serait mort après la marche de la Coalition Article 64 à Kinshasa. Dans les heures qui suivent, l’opposition radicalisée transforme ce décès en assassinat politique, attribué à la Force du Progrès et à l’UDPS. La déclaration commune de la C64, lue dès le 17 septembre, parle d’ « assassinat » et tient Félix Tshisekedi pour responsable. Une plainte est aussi officiellement déposée dans ce sens.

Trois jours après les faits, RFI pose la première question qui dérange.

Dans son article du 18 septembre intitulé « RDC : l’opposition signe une déclaration commune après la mort d’un manifestant lors de sa marche », on peut lire : les circonstances exactes de la mort restent inconnues, « il n’avait pas de trace de coups ni de sang sur lui, selon nos sources », et le parti n’a fourni aucune communication pour clarifier les causes. Cette observation, émise au moment même où l’opposition qualifie déjà les faits d’assassinat à la machette, constitue le premier écart documenté entre le récit immédiat et les éléments disponibles

(https://www.rfi.fr/fr/afrique/20260918-rdc-l-opposition-signe-une-d%C3%A9claration-commune-apr%C3%A8s-la-mort-d-un-manifestant-lors-de-sa-marche).

Les images qui circulent ensuite accentuent le trouble. Une vidéo hospitalière du 16 septembre montre une personne la tête entièrement bandée, en T-shirt blanc taché de sang (

). Plus tard, des photos présentent un homme en débardeur gris, tête découverte, sans bandage, allongé sur un lit avec Epenge à ses côtés. Les différences de tenue et d’apparence de la tête ne sont jamais expliquées.

Le Président Félix Tshisekedi, à Moscou fin octobre, après avoir été publiquement accusé d’être responsable de cette mort par le C64, affirme quant à lui que Lomboto est mort de maladie et qu’aucun manifestant n’a perdu la vie sous son mandat lors d’une manifestation. Le parquet retient le corps à la morgue du Cinquantenaire ; aucune autopsie n’est pas encore rendue publique. Epenge, quant à lui, est poursuivi pour « propagation de faux bruits », en rapport au décès de Lomboto.

Le flou s’étend à la sphère familiale. Des investigations de Mills Tshibangu évoquent un orphelin de mère depuis l’âge de cinq ans, élevé par la famille Etumba, et une femme présentée (en pleurs) aux obsèques qui ne serait pas la vraie mère du décédé. La famille biologique rencontre – de son initiative – Augustin Kabuya et dénonce une instrumentalisation politique du décès. L’opposition y voit une pression ; les faits, eux, montrent la vraie famille qui refuse que le deuil soit transformé en outil de combat politique.

Cette séquence n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans ce que l’on peut appeler une nécrologie de la communication :

le recours systématique à des annonces de morts pour donner une gravité tragique et un récit de répression violente à des mobilisations qui n’ont pas atteint de masse critique.

Le précédent de la marche du 15 septembre n’a pas produit le rassemblement massif escompté. Le rapport officiel de la C64 lui-même ne compte qu’un seul décès (Lomboto). Le gouvernement provincial et la police nationale annoncent officiellement zéro mort.

Les bilans plus élevés avancés par le C64 ne sont jamais inventoriés avec noms, corps ou confirmations médicales.

Le même mécanisme avait déjà été observé.

Après le sit-in du 12 juin, Joseph Olenghankoy annonce sur le reseau X 10 morts, 15 disparus et 176 blessés graves. Convoqué par le parquet, son avocat déclare que ces tweets ne peuvent être attribués directement à lui et qu’en tant que président d’institution, il n’en est pas l’auteur personnel.

À Lubumbashi le 15 septembre, l’ancien sénatrice et promotrice du C64, Bijoux Goya, est filmée en larmes criant que la police vient de tuer son fils.

L’ancien sénatrice Goya pleurant la mort de son fils pendant la manifestation alors que celui-ci était bien vivant à la maison et joignable par téléphone.

Des appels à produire le corps ou une photo suivent ; des affirmations indiquent que le fils était bien vivant, chez lui, en train de discuter tranquillement sur les réseaux sociaux avec ses amis, donc facilement joignable. Aucun décès n’est donc confirmé.

Dans le cas Lomboto, RFI a mis le doigt dès le 18 septembre sur l’écart entre la qualification d’assassinat et l’absence de traces visibles de violence. Les images hospitalières, les versions contradictoires du pouvoir et de l’opposition, le rejet de l’instrumentalisation par la vraie famille biologique et l’absence de publication des résultats de l’autopsie laissent le dossier ouvert. Tant que l’enquête judiciaire n’aura pas rendu publiques ses conclusions définitives, le contexte de cette mort demeure douteux et non clarifié.

Ce qui apparaît déjà clairement, en revanche, c’est la répétition d’un procédé :

transformer en nécrologie de la communication ce qui, sur le terrain politique, n’a pas réussi à provoquer une mobilisation décisive.

DC