UN DIPLÔME N’EST PAS UN ACTE DE SOUMISSION : KINSHASA REJETTE L’ALLÉGEANCE REBELLE DANS LES AMPHITHÉÂTRES
La suspension des activités académiques à Goma et Bukavu n’est pas un caprice administratif. C’est un acte de défense. Face à une occupation qui installe ses hommes à la tête des universités et instituts publics, l’État congolais refuse de laisser l’enseignement supérieur devenir le vecteur d’une idéologie de substitution. Celle d’une administration de facto, adossée à un proxy rwandais, qui exige allégeance de ceux qu’elle nomme.

Le 7 août 2026, les autorités de l’AFC/M23 ont procédé à des nominations dans les comités de gestion de dix établissements publics: UNIGOM, UOB, ISC, ISTM, ISP, ISTA, ISDR, ISAM. Kinshasa a immédiatement déclaré ces actes nuls.
L’occupation d’un territoire, a rappelé le ministère, ne confère ni souveraineté ni pouvoir de nomination. Puis est venue la riposte : suspension des salaires de 48 agents accusés d’avoir rejoint le mouvement, prêté allégeance ou accepté des fonctions sous son autorité. Et, le 25 août, l’arrêté ministériel stoppant inscriptions, cours, examens et délivrance de titres pour l’année 2026-2027, jusqu’à nouvel ordre.
Le fond de l’affaire dépasse la simple légalité des nominations. Il s’agit de savoir qui forme les élites de demain et selon quelle loyauté. Un établissement public congolais ne peut pas fonctionner sous une direction qui doit sa place à une force d’occupation. Accepter cela, c’est accepter que les programmes, les délibérations, les diplômes et, à terme, l’esprit même de l’institution soient filtrés par une autorité parallèle. C’est ouvrir la porte à une éducation supérieure « occupée », où l’allégeance au nouvel ordre local pèse plus que la tutelle nationale.
Un diplôme n’a de valeur que s’il est adossé à une autorité légitime. Un titre délivré sous administration rebelle n’est reconnu ni par Kinshasa ni, par conséquent, sur la scène internationale. Sans validation de l’État congolais, il n’a ni force juridique nationale, ni crédibilité auprès des universités étrangères, ni poids auprès des employeurs et des institutions hors du pays. Le présenter comme un diplôme « congolais » serait une fraude. Le laisser circuler, c’est exposer les étudiants eux-mêmes à un titre mort-né : un papier sans reconnaissance, un parcours sans débouché.
L’État ne peut pas laisser polluer un secteur aussi stratégique. L’université n’est pas un service administratif parmi d’autres. Elle produit les cadres, les enseignants, les médecins, les juristes. Si elle bascule sous une logique d’occupation, les titres qu’elle délivre perdent leur caractère national. Pire : elle risque de normaliser, génération après génération, l’idée qu’une administration de fait, née de la force et d’un soutien extérieur, peut se substituer à la République. C’est exactement ce que Kinshasa veut empêcher.
On objectera le sort des étudiants. L’argument est réel. Des milliers de jeunes voient leur année interrompue. Les finalistes 2025-2026 sont autorisés à terminer ailleurs, mais le reste de la communauté universitaire paie le prix d’un conflit qu’elle n’a pas choisi.
Pourtant, céder sur le principe pour préserver le calendrier académique reviendrait à sacrifier l’intégrité du système au nom d’une continuité apparente. Une continuité sous tutelle rebelle n’est pas une continuité. C’est une capitulation institutionnelle. Et un diplôme obtenu dans ces conditions n’ouvre aucune porte : ni à Kinshasa, ni à l’étranger.
La ligne est donc claire. Tant que les établissements publics de Goma et Bukavu restent sous le contrôle d’une administration qui nomme, révoque et exige allégeance, l’État congolais refuse de les reconnaître comme des universités de la République en fonctionnement normal. La suspension n’est pas une punition des étudiants. C’est le refus de laisser l’idéologie de l’occupation s’installer dans les amphithéâtres. Sur ce point, Kinshasa n’a pas le luxe de l’ambiguïté.
Car l’éducation n’est pas seulement un papier et un titre. Elle est surtout un contenu. Un contenu qui façonne les esprits, transmet une vision de la nation et prépare ceux qui devront la défendre. Ce contenu ne peut pas être pollué par une idéologie mortifère pour le peuple congolais.
Un diplôme délivré sous allégeance à l’occupation n’est plus seulement un document contestable. C’est un titre sans reconnaissance internationale et le début d’une dépossession intellectuelle. L’État a le devoir d’empêcher cela.
Eugène Diomi Ndongala,
Démocratie Chrétienne, DC






