Dialogue national : Eugène Diomi Ndongala salue la démarche de Tshisekedi et appelle à « soutenir la Nation par le dialogue, sans les armes »/ LE POTENTIEL
Hervé Ntumba 28 août 2026 ·

Eugène Diomi Ndongala apporte le soutien de la Démocratie Chrétienne au Dialogue national annoncé par Félix Tshisekedi. Dans une déclaration publiée à l’issue de l’adresse du Chef de l’État à la Nation, le président national de la DC salue une démarche qui, selon lui, rompt avec les anciens schémas de partage du pouvoir comme réponse aux crises. Il insiste notamment sur l’exclusion des groupes armés de la future table des discussions, la distinction entre les processus de Washington, Doha et le dialogue interne, ainsi que sur la nécessité de préserver la justice et les droits des victimes.
LePotentiel
Déclaration politique de soutien de la Démocratie Chrétienne (DC)
Déclaration de soutien à l’adresse du Président de la République sur le « Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État »
Suite à l’adresse à la Nation du 27 août 2026
Chers compatriotes,
Après quarante jours d’attente entre la promesse faite aux Églises le 17 juillet et l’engagement pris à Libreville le 16 août, le Chef de l’État a cessé de promettre : il a défini.
Il a dit qui a le droit de parler au nom du Congo, ce qui peut être discuté entre Congolais et ce qui doit demeurer dans les cadres de Washington et de Doha. Je salue cette adresse, je la fais mienne et je veux ici en souligner et en reprendre, point par point, les orientations décisives.
1. Le courage de faire d’abord le procès des dialogues d’hier
On juge un dirigeant à sa lucidité avant de le juger à ses actes. Le Président a eu le courage rare de condamner la table avant de l’ouvrir. Soixante-six ans après l’indépendance, pourquoi les mêmes fractures, les mêmes accords et les mêmes retours de guerre ?
Parce que, trop souvent, nous avons acheté la paix au prix de la République : des ministères distribués pour faire taire les armes, des accords écrits loin des populations et des victimes sommées de pardonner avant d’avoir été entendues, reconnues et réparées.
Je souligne cette phrase, qui est le socle de tout le reste :
« Nous avons trop souvent répondu aux crises par le partage du pouvoir plutôt que par la consolidation de l’État. »
Et cette autre, plus tranchante encore, qui pose une limite morale que nul ne devrait franchir :
« Aucune cause, aucune revendication, aucune blessure, aussi réelle soit-elle, ne peut justifier que l’on ouvre les portes de la maison commune à ceux qui viennent la piller, l’occuper et meurtrir ses enfants. »
Ce diagnostic n’est pas un exercice d’histoire : c’est une ligne de démarcation. Si le prochain forum recommence à distribuer des postes pour acheter le silence des fusils, il n’aura été qu’un épisode de plus. Le Président a choisi de rompre avec cette tradition. Je soutiens cette rupture.
2. Un forum ample, mais un pouvoir intact : le refus du modèle de 2002
Le nom même de l’initiative est un programme : Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État. Un dialogue des Congolais, par les Congolais et pour les Congolais. Sa générosité s’arrête là où commencent les institutions, et c’est heureux.
Ce ne sera pas une négociation avec l’agresseur ou ses supplétifs. Ce ne sera pas une révision du scrutin de 2023, ni une mise en congé des institutions, ni un gouvernement d’union nationale. Les mandats iront à leur terme constitutionnel. On peut parler de la République ; on ne la redistribue pas.
C’est un refus net et assumé du modèle de Sun City : pas de transition dans la transition, mais un pacte d’État — une matrice d’engagements par institution, un calendrier et des résultats mesurables, assortis de rapports publics.
Le Président en fait le critère de vérité de sa démarche :
« C’est par l’exécution que nous distinguerons ce dialogue de tous ceux qui l’ont précédé. »
Je le soutiens sur ce terrain, et je l’y attends. Ce défi peut devenir un piège si l’exécution tarde. C’est pourquoi le devoir de la classe politique responsable n’est pas seulement d’applaudir : c’est de veiller à ce que chaque engagement soit tenu, mesuré et rendu public.
Bref :
- Ce ne sera pas une négociation avec l’agresseur ou ses supplétifs ;
- Ce ne sera pas une révision du scrutin de 2023 ;
- Ce ne sera pas une mise en congé des institutions ;
- Ce ne sera pas un gouvernement d’union ni un partage de postes.
3. La table est large, mais les armes n’y ont pas de siège
Que personne ne se méprenne sur l’inclusivité que nous défendons. Nul ne sera exclu pour ses opinions, son parti, sa province, sa langue, son ethnie ou sa religion. Majorité et opposition, élus, société civile, chefs coutumiers, Églises, jeunes, universitaires, diaspora : presque tout le Congo civil est convié. Voilà l’inclusion véritable.
Mais il fallait poser le verrou, et le Président l’a posé comme un article de loi :
« Ne pourront pas participer à ce Dialogue en qualité de composantes politiques ceux qui, à l’ouverture du processus, combattent par les armes l’ordre constitutionnel, occupent par la force une partie du territoire national, administrent illégalement des entités de la République ou agissent au service d’une puissance étrangère, en l’occurrence le Rwanda. »
« Nul ne peut prétendre s’asseoir à la table de la Nation tout en prenant les armes contre elle. Aucune arme ne conférera à son porteur un droit supérieur à celui que le suffrage reconnaît au citoyen. Aucune conquête militaire ne pourra être convertie en légitimité politique. »
Cette règle ne vise pas des personnes ni des opinions : elle vise la guerre contre la République. L’AFC/M23, tant qu’elle occupe notre territoire, est renvoyée hors de la Nation politique.
L’inclusivité cesse ainsi d’être un droit automatique ; elle devient un statut : on y entre par le droit, pas par la colline conquise. Je souscris pleinement à ce principe, car il protège l’essentiel : que la rébellion ne devienne pas un camp comme un autre et que le Rwanda ne s’invite pas, par procuration, dans un forum souverain.
Une ouverture demeure, individuelle et non collective : celui qui dépose sincèrement et de manière vérifiable les armes, condamne l’agression et reconnaît les souffrances des victimes peut prétendre à la réintégration, par les processus de démobilisation et les mécanismes de justice.
La porte reste ouverte à l’homme qui revient à la Nation ; elle reste fermée au mouvement armé, dont la place est à Doha.
4. Trois scènes, un seul pays : la séparation qu’il fallait tenir
Le Président a distingué ce que certains, ici et à l’étranger, ont intérêt à confondre.
Washington traite le face-à-face entre États avec Kigali : souveraineté, retrait et fin du soutien aux groupes armés. Doha traite le cessez-le-feu, le désengagement, le cantonnement, le désarmement et la vérification avec l’AFC/M23. Le Dialogue national, lui, réunit les Congolais entre eux autour de la cohésion et de la refondation de l’État.
« Ces trois processus ne peuvent pas être mêlés ou confondus. »
Cette séparation n’est pas une subtilité de chancellerie. Elle empêche le M23 de « monter » du rang de groupe armé à celui de constituant. Elle empêche Kigali de siéger, même en creux, dans nos affaires intérieures. Et elle permet de dire une seule et même chose sans se contredire : nous négocions la paix, mais nous ne négocions pas la République.
Le Président appelle à juste titre les États-Unis, le Qatar, l’Union africaine et l’Union européenne à un accompagnement ferme et constant : retrait des troupes rwandaises, dépôt des armes et aboutissement des deux processus.
L’étranger est appelé comme garant de l’exécution, non comme coprésident de notre dialogue. Tout appui — reconstruction, justice transitionnelle, réforme du secteur de la sécurité — ne viendra que sur invitation de Kinshasa et dans le respect de nos choix souverains. C’est la juste mesure entre l’ouverture au monde et la fierté nationale.
5. Commencer dans les 26 provinces : rendre la parole au peuple
Pour rompre avec les forums d’hôtels de la capitale, le Président a inversé la carte :
« Le dialogue national ne commencera pas à Kinshasa, mais au cœur de nos 26 provinces, de nos territoires et de nos communautés. »
Des forums préliminaires se tiendront dans chaque chef-lieu — populations, autorités locales, députés et sénateurs du terroir, partis des deux rives, société civile, autorités coutumières, Églises, milieux professionnels, universitaires et diaspora — avant les assises nationales, dans un délai maîtrisé de trois mois, à l’abri de l’enlisement et des manœuvres dilatoires.
Le peuple ne sera plus convoqué pour ratifier ce qui aura été décidé sans lui. Voilà une avancée que je salue sans réserve.
Les confessions religieuses, qui ont porté l’exigence de dialogue depuis juillet, sont associées comme autorités morales et relais dans les territoires. Le Président les honore sans leur céder la maîtrise du format : c’est à l’État qu’il revient de conduire l’État.
Deux ordonnances suivront : l’une pour instituer le comité d’organisation, l’autre pour convoquer officiellement le forum et en arrêter les règles, la représentation et le suivi.
Le Chef de l’État demeure l’ordonnateur du calendrier et s’engage à garantir en personne l’indépendance et la sécurité du processus.
6. La décrispation promise, l’amnistie refusée : la paix sans l’oubli
Le Président a refusé le vieux marchandage : la paix contre l’oubli. Pas d’amnistie générale pour les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité, le génocide et les violences sexuelles graves.
« La paix ne saurait signifier l’impunité. »
Dans le même mouvement, il a annoncé des mesures de confiance et de décrispation politique, préparées dans le strict respect de la séparation des pouvoirs :
« Je donnerai instruction au gouvernement d’engager, en concertation avec les institutions compétentes et dans le strict respect de la séparation des pouvoirs, la préparation et la mise en œuvre des mesures de confiance et de décrispation politique […] tout en favorisant un débat apaisé dans lequel chacun pourra défendre ses convictions sans haine, intolérance ni violence. »
Je soutiens cette double exigence : ouvrir l’espace politique sans jamais sacrifier la justice, les droits des victimes et la sécurité nationale.
Et parce que je la soutiens, je me permets de la prolonger : cette décrispation ne prendra tout son sens que si elle se traduit par des actes concrets et lisibles. C’est le premier test de crédibilité, et c’est ensemble que nous devrons le réussir.
Le pari que je choisis de partager
Le Président a choisi son terrain. Le dialogue qu’il propose n’est pas un cessez-le-feu politique : c’est une tentative de reprendre la définition même de la Nation avant que d’autres ne la dictent depuis les lignes de front.
S’il tient, il impose un standard nouveau : plus jamais une table où l’arme vaut un ministère. C’est un standard pour lequel il vaut la peine de s’engager, comme nous avons d’ailleurs eu l’occasion de le souligner dans le passé.
C’est pourquoi je déclare mon plein soutien à cette adresse et à la démarche qu’elle ouvre.
J’invite les forces vives de la Nation
J’invite les forces vives de la Nation — la majorité comme l’opposition non armée, la société civile, les Églises, la jeunesse et la diaspora — à s’y engager avec exigence et bonne foi.
Le Président a dit que l’exécution ferait la différence. Faisons-en, ensemble, la seule phrase qui compte.
Fait à Kinshasa, le 28 août 2026
Eugène Diomi Ndongala
Démocratie Chrétienne (DC)






